Un homme de 29 ans a été condamné à six mois de prison par le tribunal correctionnel de Toulouse pour avoir agressé sexuellement une adolescente de 16 ans dans un bus à Cugnaux.
Clara* ne le regarde pas. Habillée de noir, assise près de sa mère, l’adolescente laisse parfois échapper quelques sanglots. À quelques mètres, dans le box, Ahmed, tee-shirt blanc et barbe rasée de près, paraît presque absent. Assisté d’un interprète, ce Palestinien de 29 ans répond d’une voix calme au tribunal correctionnel de Toulouse, ce jeudi. Depuis le 18 juin, il est incarcéré pour avoir agressé sexuellement la jeune fille dans un bus de la ligne L11.
Ce matin-là, l’homme monte à Cugnaux. Il reste d’abord debout, observe Clara, puis vient s’asseoir près d’elle. Il frotte son épaule contre la sienne, avant de saisir la carte Tisséo qu’elle tient entre ses jambes. Ses mains se portent sur les cuisses de l’adolescente, puis sur sa poitrine.
Plusieurs passagers interviennent, permettant à la jeune fille de se lever. L’un d’eux fait descendre Ahmed et l’empêche de remonter. Le signalement est transmis aux agents de Tisséo. Lorsqu’il emprunte le bus suivant en direction de Basso-Cambo, des agents et des policiers l’attendent à l’arrivée.
Ses premières explications déconcertent. Il avait cru percevoir chez l’adolescente « un signe » traduisant une volonté de faire connaissance. Il dit aussi avoir ressenti une attirance « au premier regard ». À l’audience, son discours a changé : « J’ai bien réfléchi. Je voudrais m’excuser. J’ai du mal à me comporter avec les filles. Ce jour-là, j’étais ailleurs, je me suis mal comporté. » « Vous vous rendez compte qu’elle est traumatisée ? », lui lance la présidente.
Drogues et alcool
Arrivé en France en mars 2025 après avoir fui Gaza, Ahmed raconte une existence chaotique : la rue, les squats, la cocaïne, l’alcool consommé, dit-il, « pour moins subir psychologiquement », puis un accompagnement social qui lui avait permis d’obtenir un logement à Cugnaux. Son enfance et son adolescence ont été marquées par la guerre et les violences. Il affirme avoir demandé à être soigné et vouloir désormais arrêter l’alcool et le tabac.
L’expertise psychiatrique dresse toutefois un tableau sévère. Le médecin relève une personnalité portée à « faire ce qu’il veut quand il le désire » et estime l’infraction en lien avec son fonctionnement psychique. Son discernement n’était ni aboli ni altéré. « Il n’est pas curable », note l’expert.
Pour Me Marie Nierengarten, avocate de Clara, les conséquences se mesurent désormais dans les gestes les plus ordinaires. L’adolescente dit se sentir « sale », dort difficilement et garde le souvenir de cette main imposée sur son corps. « Quand on se douche, on frotte là où on s’est senti sali », insiste l’avocate.
Interdit de territoire
Le parquet réclame 18 mois d’emprisonnement, évoquant un homme « dans une logique de toute-puissance » et la nécessité de prévenir toute récidive. La défense, assurée par Me Nicolas Ruinier-Caubet et Margot Soubiran, insiste au contraire sur « le profil d’un homme seul et en souffrance » avec « un cerveau d’enfant », confronté à la barrière de la langue et à un profond isolement. Elle demande une peine mixte assortie d’un suivi et d’une obligation de soins.
Le tribunal déclare finalement Ahmed coupable et le condamne à six mois de prison avec maintien en détention. Une interdiction du territoire français de deux ans est également prononcée, ainsi qu’une interdiction définitive d’exercer une activité impliquant un contact avec des mineurs et une inscription au FIJAIS. Les intérêts civils seront examinés ultérieurement afin de mesurer plus précisément le préjudice subi par l’adolescente.
Avant de lever l’audience, la présidente se tourne vers Clara. « Essayez de tourner la page. »














