L’accès autonome des locations touristiques de courte durée est désormais directement lié au développement de la prostitution, y compris celle des mineurs. Jennifer Pailhé, présidente de Nos Ados Oubliés, dénonce l’absence de contrôle sur des plateformes, notamment Booking, favorisant l’exploitation des victimes à l’abri des regards. Elle nous décrit ce fléau.
Vous avez partagé une vidéo pour dénoncer les boîtes à clés des logements touristiques de courte durée, pourquoi ?
Parce que ces logements, nous les retrouvons dans plus de 95 % des situations que nous accompagnons. Le lien avec l’exploitation sexuelle est devenu impossible à ignorer sur le terrain. Quand on se connecte sur des sites d’escorting, qu’on regarde les annonces actives, les rues où les prestations sont proposées, puis qu’on croise ces informations avec les locations de courte durée présentes au même endroit, notamment Airbnb ou Booking avec accès autonome par boîtier, on retrouve très régulièrement les mêmes lieux. Je ne dis évidemment pas que tous ces logements servent à l’exploitation sexuelle. Beaucoup de propriétaires ignorent probablement ce qui se passe réellement. C’est justement tout l’objectif de nos vidéos : sensibiliser les propriétaires.
Les réseaux de proxénètes et autres « loverboys » ciblent-ils ces logements en raison des dispositifs discrets ?
Oui, ils ont besoin de logements disponibles rapidement et pour de courtes périodes. Ils doivent pouvoir déplacer les victimes dès qu’un lieu devient trop exposé ou qu’ils pensent être repérés. Cette mobilité permanente participe directement à rendre son repérage beaucoup plus difficile. Aujourd’hui, concrètement, il est possible de réserver certains hébergements sur Booking sans avoir à présenter physiquement une pièce d’identité à l’arrivée. Il est également possible d’utiliser des moyens de paiement prépayés. Derrière une réservation qui, informatiquement, peut sembler banale, il peut y avoir dans l’appartement une mineure en situation d’exploitation sexuelle.
Vous appelez à une prise de conscience des plateformes ?
En effet. Lors de l’annonce du plan interministériel de lutte contre la prostitution des mineurs en 2021, la question des locations touristiques de courte durée avait déjà été évoquée, avec des propositions et des préconisations. On ne devrait plus pouvoir louer et surtout occuper un logement de courte durée dans un anonymat quasi total. Les plateformes ont évidemment une responsabilité et doivent renforcer leurs contrôles. Pourquoi ne pas mettre en place, pour les locations avec accès autonome, un véritable dispositif de vérification d’identité à l’entrée ?














