Chaque été, la tentation est forte. La Garonne coule à portée de regard depuis la prairie des Filtres, les températures grimpent, et la question revient inévitablement : peut-on plonger dans le fleuve ? La réponse courte est non. La réponse complète, elle, mérite qu’on s’y arrête.

Un arrêté de 1976 toujours en vigueur, et ses raisons
La baignade dans la Garonne est officiellement interdite à Toulouse par un arrêté municipal datant de 1976, toujours applicable à ce jour. Derrière ce texte vieux de cinquante ans, trois motifs principaux se cumulent et expliquent que personne ne soit pressé de le réviser.
Le premier est la sécurité. La Garonne est un fleuve à courants puissants et variables, dont la dangerosité ne se lit pas forcément en surface. Ses vagues de fond, ses remontées d’eau froide et ses zones de turbulence ont causé des noyades régulières, y compris par faible débit. Le deuxième motif est la navigation fluviale, qui reste active sur ce tronçon et rend toute baignade en plein chenal particulièrement risquée. Le troisième, peut-être le plus déterminant sur le plan sanitaire, tient à la qualité bactériologique de l’eau.
La Garonne n’est pas uniformément polluée, mais elle est variable. Par temps sec et ensoleillé prolongé, la qualité de l’eau peut se rapprocher des normes de baignade. En revanche, dès qu’il pleut en amont, des déversements d’eaux usées depuis les réseaux saturés, ou des rejets agricoles des troupeaux qui fréquentent les rives, font grimper les concentrations en entérocoques et en bactéries Escherichia coli. Ces indicateurs de contamination fécale signalent que l’eau n’est tout simplement pas propre à l’immersion. Par ailleurs, plusieurs tronçons de la Garonne bénéficient d’un classement Natura 2000, ce qui impose des contraintes réglementaires supplémentaires pour préserver l’écosystème du fleuve, d’autant que toute ouverture à la baignade exigerait des aménagements qui ne seraient pas sans impact sur les berges.
Les exceptions autorisées : événements encadrés et très limités
La règle n’est pas absolue. Dans certains cas précis et très encadrés, la baignade dans la Garonne a été autorisée à titre ponctuel. L’Open Swim Stars, course de natation en eau libre organisée dans le fleuve, a pu se tenir sous réserve d’une autorisation de l’Agence régionale de santé, d’une surveillance renforcée et d’un contrôle préalable de la qualité de l’eau. Le WateRugby, événement estival où les participants jouent sur une plateforme posée sur le fleuve et sont amenés à y tomber, relève du même régime dérogatoire.
Mais la Ville le précise elle-même : ces autorisations ponctuelles ne valent que pour des événements limités dans le temps, encadrés par des professionnels et concernant un nombre restreint de participants. Les contraintes ne sont pas comparables à celles d’une ouverture générale à la baignade libre pour tous les Toulousains tout l’été.
Le projet de baignade officielle : une étude lancée, des résultats attendus
L’idée d’ouvrir la Garonne à la baignade a pourtant progressé. En juin 2023, la Mairie a lancé une étude portant sur quatre sites potentiels, dont seule la prairie des Filtres a finalement été retenue. Le projet envisageait la création d’un bassin flottant de 50 mètres de nage sur six à huit couloirs, adapté aux contraintes du fleuve, accompagné d’une plage aménagée et sécurisée. L’objectif initial était d’ouvrir ces installations en mai 2024 ou mai 2025. Aucun résultat n’a encore été communiqué publiquement à ce stade.
La comparaison avec Paris est tentante mais éclairante : la capitale a investi environ 1,4 milliard d’euros pour dépolluer la Seine et y autoriser la baignade lors des Jeux olympiques de 2024. À Toulouse, aucune initiative de cette ampleur n’a été engagée, ce qui donne une idée de l’échelle des investissements que supposerait une ouverture pérenne. Le fleuve reste pour l’instant un spectacle à apprécier depuis la rive, que les Toulousains regardent couler avec une curiosité mêlée d’impatience. La question n’est pas close, mais la réponse n’arrivera pas demain !

















