Après plusieurs accidents provoqués par des automobilistes ayant confondu frein et accélérateur, Yann Thomas, professionnel de l’enseignement de la conduite à Toulouse, plaide pour une formation lors du passage d’une boîte mécanique à une automatique.
Comment expliquer ces confusions de pédales ?
Quand une personne passe son permis sur une boîte automatique, elle doit suivre au minimum 13 heures de conduite, contre 20 heures sur une boîte mécanique. Pour conduire ensuite un véhicule mécanique, elle doit effectuer une passerelle de sept heures. Mais dans l’autre sens, aucune formation n’est prévue : on considère que celui qui maîtrise une boîte mécanique sait automatiquement conduire une voiture automatique. Or ce n’est pas vrai.
Quel est le principal risque ?
Le pied gauche a pris l’habitude, pendant dix, vingt ou trente ans, d’aller chercher la pédale d’embrayage. Avec une boîte automatique, il ne sert plus. Lorsqu’une réaction rapide est nécessaire, il peut pourtant se remettre en mouvement. Le conducteur peut alors appuyer brutalement sur le frein ou, dans le pire des cas, sur l’accélérateur. Des habitudes acquises pendant des années ne disparaissent pas du jour au lendemain.

Que faudrait-il mettre en place ?
Je préconise au minimum une demi-journée de formation pour apprendre à immobiliser le pied gauche et se familiariser avec le véhicule. Il faudrait limiter l’usage du permis obtenu sur boîte mécanique tant que cette initiation n’a pas été suivie. Le dispositif pourrait toutefois être adapté pour les conducteurs ayant utilisé les deux types de véhicules pendant la conduite accompagnée.
Des voitures de plus en plus technologiques
Est-ce une question d’âge ?
Non, c’est une question d’habitude. Certains conducteurs de 70 ou 80 ans s’adaptent très bien, tandis que d’autres rencontrent des difficultés. Pour une personne ayant trente ans d’expérience sur une boîte mécanique, il peut être utile, au début, de bloquer physiquement le pied gauche afin qu’il ne cherche pas l’embrayage.
La formation doit-elle aussi évoluer avec les nouvelles technologies ?
Oui. Régulateur adaptatif, maintien dans la voie, caméra de recul ou stationnement automatique peuvent surprendre et même devenir dangereux lorsqu’ils ne sont pas expliqués. Les vendeurs prennent rarement le temps de présenter ces équipements. Les auto-écoles devraient pouvoir les utiliser pendant la formation et lors de l’examen. Nos voitures évoluent : la formation des conducteurs doit évoluer avec elles.












