Après un été marqué par des vagues de chaleur à répétition, certains Toulousains commencent à envisager sérieusement de quitter la Ville rose pour des territoires plus frais. Si l’exode climatique n’est pas encore une réalité, la chaleur semble déjà peser sur certains choix résidentiels. Face au dérèglement climatique, le sud du département, et en particulier le Comminges, pourrait tirer son épingle du jeu.
À la suite de cet été hors norme, allons-nous assister à un exode climatique des Toulousains ?
Certains habitants de la Ville rose et des alentours songent sérieusement à quitter Toulouse pour des territoires plus frais. C’est le cas de cet internaute qui, à la suite de notre appel à témoignages, explique envisager de quitter Toulouse, mais plus largement la France, l’ensemble du territoire étant selon lui concerné par le dérèglement climatique.
« Globalement, ça fait cinq ans que j’ai les moyens d’être propriétaire, mais je reste locataire à cause de ce sujet et de ses conséquences. Je surveillais déjà l’aspect argileux qui fragilise les bâtiments, comme un risque qu’en tant que propriétaire, je ne veux pas avoir à gérer. Cet été a été une goutte d’eau supplémentaire, changeant désormais mes plans pour plus loin, après cinq années de réflexion. »
« Une maison secondaire en montagne est un refuge »
Olivier, habitant de Pibrac, se réfugie dès qu’il le peut dans le Luchonnais pour fuir la chaleur. « Ma maison secondaire en montagne est un refuge ponctuel lors des épisodes de grande chaleur. Si Toulouse devient un jour inhabitable, nous pourrons nous installer à Cierp-Gaud, puisque les intempéries y sont beaucoup plus fréquentes, que la température moyenne en journée y est trois à quatre degrés inférieure et qu’on peut s’élever sur les montagnes alentour pour trouver de la fraîcheur. Je pense que de plus en plus de gens favoriseront le Nord, le littoral et la montagne dans leurs achats immobiliers. »
Ils ne seraient pas les seuls. Selon une étude réalisée par Le Bon Coin en juin dernier, 8 % des habitants d’Occitanie expriment « un fort désir de départ ». Parmi les répondants, 42 % choisiraient le littoral tempéré, 27 % la montagne et 18 % le Nord de la France. La Bretagne, la Normandie et la Côte Atlantique pourraient ainsi figurer parmi les territoires les plus recherchés.
Si les régions littorales, et la Bretagne en particulier, risquent de voir affluer nombre d’Occitans séduits par un climat plus frais, certains territoires autour de Toulouse y voient également une opportunité de renforcer leur attractivité.
Marion Tevert Daunes, son mari et leurs deux enfants de 8 et 11 ans ont quitté Villeurbanne, dans la région lyonnaise, pour le Luchonnais en janvier dernier, « pour un ensemble de raisons dont le climat ». « On voulait retrouver un climat tempéré, loin des extrêmes de la grande ville. À Lyon, la nuit ne descendait pas sous 28 °C, c’était épuisant. Ici, il fait bien plus frais la nuit. »
« Ça va peut-être contribuer à repeupler nos campagnes »
« Le dérèglement climatique est un des paramètres qui amène les habitants de la couronne toulousaine à venir chez nous. C’est un effet que l’on constate depuis le Covid et qui s’est accentué depuis trois ans, souligne Marie-Christine Llorens, maire de Montespan et présidente de la Communauté de communes Cagire Garonne Salat. Certains viennent en touristes et se projettent. Contrairement à ce qu’ils avaient entendu, ils se rendent compte qu’il y a beaucoup de choses à faire chez nous. Cet été, certes, nous avons souffert de la canicule, mais le soir, en une heure, nous perdons jusqu’à sept degrés grâce à notre territoire extrêmement boisé. Ça va peut-être contribuer à repeupler nos campagnes. Les gens en ont ras le bol des bouchons, coincés par 40 degrés. De notre côté, nous travaillons à fournir de l’emploi et à attirer des entreprises sur nos territoires. »
Du côté de l’office de tourisme, un important travail a également été mené pour mettre en avant l’attractivité du territoire. Pour la première fois cette année, un espace spécifique, « Vivre en Comminges », a été créé sur le site internet, tandis que depuis cinq ans, le site Job en Comminges facilite l’installation de nouveaux habitants.
« On sent que les territoires ruraux, et surtout les zones de montagne, commencent à attirer de nouvelles personnes. Beaucoup viennent de Toulouse ou de sa région. C’est souvent un mélange de plusieurs choses : la difficulté à se loger en ville, les temps de transport, les embouteillages, la qualité de vie… Mais il y a aussi clairement cet argument de l’été trop pénible en ville. »
Tester avant de s’installer
« Cette année, la taxe de séjour a augmenté de plus de 28 % par rapport à l’an dernier. Je pense que beaucoup de Toulousains viennent ici parce que c’est pratique : on est à moins d’une heure de Toulouse, on a plusieurs gares, du coup c’est accessible. On voit beaucoup de gens venir à la journée pour se rafraîchir, voire passer plusieurs séjours et profiter du calme et de la nature », témoigne également Emmanuelle Grés, directrice de l’Office de Tourisme Destination Comminges Pyrénées.
Un moyen pour certains Toulousains de tester le territoire avant, éventuellement, de s’y installer. « La chaleur, clairement, accélère ce phénomène : supporter les canicules en ville, ce n’est plus possible pour beaucoup. Ici, la nuit, on dort, il n’y a pas de bruit, pas d’insécurité majeure… Ce cadre attire. »
Nuance toutefois : « À Toulouse, on compte aujourd’hui 515 000 habitants. La croissance n’a jamais été aussi forte », rappelle Marie Molinier, démographe au sein de l’Agence d’urbanisme de l’aire toulousaine (AUAT). En 2023, l’AUAT a analysé les évolutions des dynamiques démographiques. « Les régions du Nord accueillent à peine 10 % des personnes quittant Toulouse, et cette stabilité dure depuis plus de dix ans. On ne voit pas de bascule vers le Nord, là où certains pourraient imaginer un « exode climatique » dans des régions plus fraîches. » Elle ajoute cependant : « Si on ne voit pas encore de rupture nette, le réchauffement climatique pourrait finir par modeler davantage les choix résidentiels. C’est un sujet que l’on suit de près dans nos analyses prospectives. »













