Face à la multiplication des épisodes de chaleur, le changement climatique pourrait progressivement peser sur les choix résidentiels et l’attractivité de Toulouse. Pour Mariette Sibertin-Blanc, professeure des universités en aménagement de l’espace-urbanisme à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, les ménages les plus aisés, davantage en capacité de choisir leur lieu de vie, pourraient être les premiers à partir, tandis que la métropole devra accélérer son adaptation pour préserver son « habitabilité ».
Pensez-vous que l’été que nous venons de vivre, marqué par de nombreuses vagues de chaleur, pourrait avoir un impact dans un avenir proche sur la mobilité des Toulousains ?
Il est encore trop tôt pour connaître en profondeur l’impact de cet été caniculaire sur les habitants et leurs réactions en matière de logement. On a par exemple vu que le Covid, malgré certaines impressions sur le moment, n’avait pas bouleversé en profondeur les mobilités résidentielles. Peut-être y aura-t-il des effets sur certains profils qui ont davantage de facilité à changer de trajectoire résidentielle et à déménager, mais cela pourrait rester marginal. En revanche, c’est plutôt un signal pour de futurs habitants, qui pourraient être amenés à reconsidérer leur projet d’installation.
Toutefois, même s’il est possible d’envisager des modifications, les grandes infrastructures et les leviers qui expliquent la croissance démographique sont déjà implantés et continueront probablement à attirer : les universités, les filières de l’aéronautique et du spatial, ou encore les services de haut niveau comme les hôpitaux et le CHU.
Peut-on carrément imaginer un « exode climatique » des Toulousains dans les prochaines décennies, ou cette hypothèse est-elle aujourd’hui exagérée ?
Les mouvements de population pour des raisons climatiques auront bien sûr lieu dans les années et décennies à venir, à l’échelle régionale, nationale et, bien sûr, internationale.
Même si Toulouse va connaître un climat de plus en plus difficile à supporter, est-ce que ce sera réellement plus difficile d’y vivre qu’ailleurs ? Tout est très relatif. Le risque d’incendie ou celui d’inondation peuvent, par exemple, être des critères tout aussi importants que les nuits caniculaires.
Quels seraient, selon vous, les premiers Toulousains susceptibles de partir pour des raisons climatiques : les personnes âgées, les familles, les ménages les plus aisés, les télétravailleurs ?
Pour partir, il faut en avoir les moyens : financiers, organisationnels, personnels et professionnels. Il est donc probable que l’on constate un paradoxe : celles et ceux qui souffrent le plus de la chaleur : les personnes vivant dans des logements mal isolés, les personnes fragiles en termes de santé, ne seront pas nécessairement les premiers à déménager. À l’inverse, les ménages les plus aisés, qui disposent de davantage de ressources et de possibilités de mobilité, pourraient être les premiers à le faire.
Toulouse peut-elle réellement rester attractive si les épisodes de canicule deviennent plus fréquents, plus longs et plus intenses ?
Toulouse, comme toutes les grandes villes et, plus largement, comme tous les territoires, va devoir très rapidement accélérer la prise en compte du changement climatique, qui arrive de manière très brutale et accélérée. Les scientifiques l’ont dit, et c’est désormais aux politiques publiques de se réinventer pour permettre de conserver ce que l’on pourrait appeler « l’habitabilité des territoires ».
Les politiques actuelles de végétalisation, de désimperméabilisation et de création d’îlots de fraîcheur peuvent-elles suffire à adapter la ville, ou existe-t-il un seuil au-delà duquel l’adaptation ne sera plus suffisante ?
Il faudra bien sûr mettre en place des politiques d’adaptation, mais celles-ci devront être d’une bien plus grande ampleur. On le voit : quelques arbres, un point d’eau, des cours végétalisées ou des équipements refuges climatisés ne suffiront pas à rendre la ville vivable face aux chaleurs à venir.
Les mobilités, la qualité des logements, les rythmes de vie, l’alimentation, les services publics de soins, les filières industrielles : autant de sujets qui devront être repensés en profondeur.
Si certains Toulousains commencent à partir pour des raisons climatiques, quels territoires pourraient devenir les principales destinations : périphérie, petites villes, zones rurales, littoral atlantique ou régions plus septentrionales ?
On sait que les territoires moins artificialisés ou les reliefs sont généralement plus frais, mais encore une fois, cela ne sera pas suffisant. Et ce serait renoncer à la justice sociale que de ne pas accompagner tous les territoires pour qu’ils se préparent à ces bouleversements majeurs.
Ce serait également très grave de ne pas tout faire pour limiter l’accélération du changement climatique. Un dernier rapport de l’ONU rappelle d’ailleurs que cela reste encore possible.
Si vous deviez imaginer Toulouse en 2050 ou 2060, pensez-vous que le climat pourrait devenir un déterminant majeur du choix du lieu de résidence, au point de remettre en cause la croissance démographique de la métropole ?
Il faut avant tout penser aux systèmes de valeurs qui sont interpellés par ce bouleversement climatique, qui s’accompagnera également de transformations écologiques, hydriques, etc. Est-ce que l’on arrivera à maintenir et à recréer des solidarités entre générations, entre les habitants déjà présents et les nouveaux arrivants, mais aussi entre les différents types d’espaces : métropoles, grandes et petites villes, espaces ruraux ?
Cela sera essentiel pour construire des solutions permettant à toutes et tous de vivre librement dans tous les types de territoires.













