Il rêvait d’être gendarme avant même de savoir écrire son nom. Depuis le 1er septembre 2026, le capitaine Jean-Michel Labat, 47 ans, originaire de l’Ariège, occupe le poste de commandant en second de la compagnie de gendarmerie de Castelsarrasin, dans le Tarn-et-Garonne. Il succède à Julien Depardieu, promu au commandement de la compagnie de Saint-Junien, en Haute-Vienne. Après vingt-sept ans passés entre les Corbières, Narbonne, Nîmes et la brigade de recherches de Toulouse-Saint-Michel, il pose enfin ses valises dans le Tarn-et-Garonne, terre où sa carrière l’attendait sans qu’il le sache.
« Depuis tout petit, quand on me demandait ce que je voulais faire, je répondais toujours : gendarme. » La phrase tombe sans emphase, presque comme une évidence qu’il n’a jamais eu besoin d’interroger. Jean-Michel Labat, 47 ans, natif de Saint-Girons, dans l’Ariège, vient de prendre ses fonctions de commandant en second de la compagnie de gendarmerie de Castelsarrasin, dans le Tarn-et-Garonne, où il succède au capitaine Julien Depardieu, désormais à la tête de la compagnie de Saint-Junien, en Haute-Vienne.
Sur son bureau trône une immense photo de son ancienne équipe de la brigade de recherches de Toulouse-Saint-Michel, la plus grosse BR de France. Face à lui, dans une vitrine, les livres de Bernard Cazeaux s’alignent. L’auteur, qui vit à Moissac, a sollicité le capitaine comme conseiller technique sur les éléments d’enquête de son dernier roman, consacré au monde agricole, présenté au prix de l’Embouchure à Toulouse. « C’est sympa, il m’a cité en premier dans ses remerciements », glisse Labat, presque gêné par le compliment.
Un enfant qui montait dans la 4L des gendarmes
Le goût du métier s’est construit tôt, dans le monde rural ariégeois. « Les gens recevaient les gendarmes à la maison pour boire le café. Le gamin que j’étais montait dans la 4L de la gendarmerie et écoutait les indicatifs radio. » Son père a exercé plusieurs métiers, messager puis concessionnaire de gaz, sa mère travaillait comme secrétaire à la papeterie de Saint-Girons. Un oncle, jamais connu, est mort dans l’exercice de ses fonctions à Lyon avant sa naissance. Labat ne s’avance pas sur un lien de cause à effet, mais la marque familiale est là.
Avant l’uniforme, il y a eu un braquage. Responsable d’un rayon dans un Intermarché à Sigean (Aude), il se retrouve un matin face à un homme armé. « Il m’a dit : viens ici, toi. Je l’ai regardé, je ne sais pas pourquoi, je l’ai ignoré et j’ai continué. » Deux braqueurs, une alarme, une boulangère et un patron pris en otage le temps du casse. « Quand il m’a demandé de me mettre à plat ventre, j’ai refusé, il n’a pas insisté », l’homme a déjà le caractère de ses montagnes natales.
De la brigade de recherches de Narbonne au groupe homicide de Nîmes
Sa carrière démarre dans les Corbières, à Lagrasse, puis à la brigade de recherches de Narbonne. En 2013, il rejoint le groupe homicide de la section de recherches de Nîmes, où il reste six ans. Il y traite des dossiers qui l’ont marqué à vie : un jeune homme de 21 ans disparu, retrouvé carbonisé au bord d’une rivière, dont l’enquête remonte grâce à des piquets de vigne repeints d’une couleur particulière. Des heures, des jours, des semaines à passer les domaines viticoles de six villages pour retrouver les piquets : ceux d’un viticulteur s’avérant être l’assassin du jeune voleur de piquets. Il fait aussi évoluer le fichier judiciaire des empreintes digitales pour l’adapter aux personnes disparues, une avancée dont il reste fier.
De la Vendée à la Roumanie, l’enquêteur ne lâche rien
Officier en 2019, il croise à l’école Michaël Mounier, son futur collègue et commandant à Castelsarrasin. Il prend alors le commandement de la brigade de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée) le jour même d’un incendie ayant provoqué un crash d’avion mortel, avant de rejoindre, deux ans plus tard, la brigade de recherches de Toulouse-Saint-Michel. Il y fait grimper le taux d’élucidation des cambriolages de 15 à près de 30 % en quatre ans, traque une équipe géorgienne jusqu’en Vendée et remonte une filière de vols de vélos qui écume toute l’Occitanie jusqu’en Roumanie. Opiniâtre, ingénieux, il résume sa méthode sans détour : « Le travail, c’est l’humain. »
Il aurait pourtant pu ne jamais atterrir dans le Tarn-et-Garonne : un poste prestigieux à l’inspection générale de la gendarmerie, à Montpellier, lui avait été proposé, mais il l’a refusé pour rester proche de son père, resté en Ariège. Aujourd’hui, direction Castelsarrasin, où il retrouve le terrain rural qui l’a vu grandir. « J’aime le sport, la nature, les animaux, le monde paysan, c’est un monde qui me tient à cœur, parce que j’en viens un peu. » Vingt-sept ans après avoir grimpé dans une 4L à l’arrière d’une ferme ariégeoise, le capitaine Labat n’a jamais quitté cette campagne qui l’a fait gendarme.


















