Face à la recrudescence des violences et des règlements de comptes à Toulouse, le procureur de la République David Charmatz détaille l’action menée par sa juridiction. Il évoque les difficultés rencontrées dans les quartiers minés par les points de deal.
Points de deal, règlements de compte, tirs de kalachnikov. Il ne se passe (quasiment) pas un jour sans que les services de police et de justice ne soient amenés à traiter des faits liés au trafic de drogue à Toulouse. La lutte contre le trafic de stupéfiants est l’un des principaux chantiers de David Charmatz depuis son arrivée à Toulouse il y a deux ans. Le procureur de la République de Toulouse était l’invité d’ICI matin pour dresser un état des lieux de la situation et évoquer les stratégies de lutte contre le narcotrafic dans la grande région toulousaine.
Des dizaines d’interpellations par mois
Malgré la récurrence des faits constatés et les difficultés rencontrées au quotidien par les habitants des secteurs où des points de deal sont installés, David Charmatz réfute l’idée d’une impunité des trafiquants : « 80 personnes qui participent au trafic de stupéfiants sont jugées en comparution immédiate chaque mois au parquet de Toulouse depuis le début de l’année. Cela veut dire qu’on défère des personnes dès qu’on les arrête, dans le cadre du trafic de stupéfiants. »
Le parquet de Toulouse ouvre également des informations judiciaires dans les dossiers les plus importants : « En 2026, on a eu deux sessions spéciales à la cour d’assises de Toulouse et il y en aura deux en 2027. C’est là où on juge le haut du spectre du trafic de stupéfiants, des gens qui prennent des peines très lourdes de 14 ou de 27 ans comme vous avez récemment fait l’écho : ce qu’on pourrait appeler de gros bonnets. Il n’y a donc pas d’impunité. En revanche, il y a une multitude de petites mains qui, compte tenu de l’argent que génère ce trafic, sont à disposition des organisateurs », précise David Charmatz.
Des tirs de kalachnikov « un jour sur deux »
À Toulouse, certains réseaux de trafiquants n’hésitent plus à afficher leurs activités, avec notamment des menus indiquant les prix des stupéfiants sur les murs de certains quartiers. David Charmatz cite le Grand Mirail, Bellefontaine, la Reynerie, la Faourette et Bagatelle tout en soulignant les conséquences de ces trafics sur le quotidien des habitants : « Derrière ces chiffres, derrière ces tags, il faut imaginer qu’il y a environ 45 000 personnes qui, au Grand Mirail, vivent dans un quartier littéralement quadrillé littéralement par une vingtaine de points de deal. La réalité qui me préoccupe, c’est celle de cette population qui n’a rien à voir avec le trafic et qui vit un jour sur deux des tirs de kalachnikov, d’armes de guerre. Depuis le début de l’année, il y a eu cinq homicides volontaires liés au trafic de stupéfiants. Deux de ces affaires sont policièrement élucidées, puisqu’il y a des personnes mises en cause dans ces assassinats, qui sont sous les verrous. Ils sont présumés innocents, mais ils seront jugés pour les faits qu’ils ont commis, à l’encontre desquels le parquet estime qu’il y a des charges importantes. »
Face à cette situation, David Charmatz estime que la réponse doit être renforcée. « On n’est pas du tout sans moyen d’action. Mais effectivement, il faut des moyens supplémentaires de policiers, de magistrats et de greffiers ».
Une réalité différente de celle de Marseille
David Charmatz refuse en revanche de comparer directement Toulouse à Marseille : « Je ne comparerais pas Toulouse à Marseille parce que la sociologie du trafic de stupéfiants est très différente. À Marseille, on sait qu’il y a deux bandes rivales historiques. À Toulouse, il y a des quartiers avec beaucoup plus d’organisations variées et pas forcément toujours adversaires. » Mais la situation est préoccupante : « Cette année, nous avons plus de règlements de comptes dans le département de Haute-Garonne que dans les Bouches-du-Rhône, » selon le procureur.
Dans les points de deal toulousains, le cannabis et la cocaïne restent les principaux produits vendus : « Ce sont des trafiquants qui sont installés dans un territoire qu’ils estiment être le leur et qui font la guerre d’espace public avec les citoyens. » Un ancrage historique qui rend certaines opérations plus difficiles : « C’est là où est notre combat, d’arriver à les sortir de ces endroits-là. C’est beaucoup plus difficile que dans le quartier de Saint-Aubin où, récemment, la police nationale a réussi à démanteler un point de deal qui n’avait pas d’ancrage historique. »
Le trafic de stupéfiants qui ne concerne plus seulement les grandes villes. David Charmatz constate également une implantation dans les territoires périurbains et ruraux : « Résolument, on a affaire à des chefs d’entreprise qui gagnent des parts de marché. Si Toulouse est particulièrement surveillée par la police nationale, la zone gendarmerie est surveillée par la gendarmerie nationale, mais bien évidemment l’organisation géographique du territoire fait qu’on a plus de chances peut-être de passer sous les mailles des radars ou du filet ».
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555








