EXCLUSIF. Des voitures absentes du parc, des locations introuvables dans les registres et des billets dissimulés dans une boîte à gants : chez Hertz, à Blagnac, les arrangements de salariés ont fini devant la justice. Certains véhicules étaient sous-loués à des malfrats, d’autres ont été retrouvés accidentés ou incendiés. Jugés lundi 21 septembre 2026 à Toulouse pour des faits commis jusqu’en 2024, les anciens employés ont livré des versions différentes sur l’argent reçu. Parmi eux, un jeune homme devenu influenceur spécialisé dans le football, suivi par plus de 400 000 abonnés sur la plateforme TikTok.
Sur TikTok, ses analyses humoristiques des matchs de football cumulent des millions de vues. Au tribunal correctionnel de Toulouse, c’est son ancienne activité chez Hertz, à Blagnac, qu’il a dû expliquer. Cet influenceur toulousain de 23 ans a été condamné, ce lundi 21 septembre 2026, à un an de prison avec sursis dans une affaire de locations frauduleuses de voitures.
Une dizaine de voitures disparaît du parc
Tout commence en 2023. À cette période, le jeune homme ne gagne pas encore sa vie grâce à ses commentaires sur le ballon rond. Il travaille depuis un an chez le loueur de véhicules. Sa collègue, aujourd’hui âgée de 25 ans, a été embauchée à la même période. Les premiers mois se déroulent sans encombre.
En juillet 2023, les responsables de l’agence Hertz de Blagnac constatent que plusieurs voitures manquent à l’appel, sans location enregistrée. Au fil des mois, une dizaine de véhicules disparaît. Certains sont retrouvés par la police entre les mains de trafiquants de drogue, d’autres accidentés ou incendiés.
Les investigations conduisent les policiers jusqu’aux deux salariés. Le mécanisme se dessine : ils acceptaient de louer des véhicules en contournant les règles de l’agence. Certains clients les sous-louaient ensuite à des malfrats. Mais les deux prévenus ne livrent pas la même version des contreparties reçues.
Des billets cachés dans la boîte à gants
« Pour certains clients, on a accepté de contourner les règles de location. Même s’ils fournissaient de fausses pièces d’identité ou des cartes bancaires étrangères, nous fermions les yeux. En échange, nous percevions de l’argent. Soit lors de la location, soit au retour des véhicules. Les billets étaient alors cachés dans la boîte à gants », reconnaît l’ancienne salariée, défendue par Me Assia Derbali.
« Pourquoi avez-vous agi comme ça ? » interroge le tribunal. « C’étaient mes amis, je rendais service mais je ne savais pas ce qu’ils faisaient avec les voitures », assure l’influenceur.
Une partie de ces clients « fantômes » sous-louaient les véhicules à des malfrats. Les infractions et les accidents se multipliaient : excès de vitesse enregistrés par les radars automatiques, voitures endommagées sur les routes… Les arrangements avec les salariés permettaient de contourner les contrôles de l’agence.
28 000 € placés en sept mois
« Je n’ai pas perçu d’argent », soutient le jeune homme. Le juge l’interroge pourtant sur les vêtements de marque découverts lors des perquisitions et les sommes versées sur son compte épargne.
« On a retrouvé beaucoup de vêtements de luxe, vous avez réussi à mettre plus de 28 000 € en sept mois sur votre compte épargne. C’est étrange lorsqu’on a un salaire de seulement 2 000 € par mois. Ça ne correspond pas à la réalité », observe le magistrat.
Son ancienne collègue reconnaît, elle, avoir bénéficié de ces locations frauduleuses. « Moi j’ai peut-être pris 10 000 € en tout », déclare-t-elle.
Un an de prison avec sursis pour l’influenceur
Les faits se sont poursuivis jusqu’en 2024, année de leur licenciement par Hertz. Les deux anciens salariés ont essayé de récupérer les dernières grosses cylindrées disparues, en vain.
À l’audience, les réquisitions sont lourdes : trente mois de prison contre le jeune homme et vingt-quatre mois contre son ancienne collègue. Me Assia Derbali plaide pour les deux prévenus.
Après délibération, le tribunal les déclare coupables. L’influenceur de 23 ans est condamné à un an de prison avec sursis. Son ancienne collègue écope de neuf mois de prison.













