La tension est au plus haut au Grand Mirail à Toulouse depuis la mort de deux jeunes hommes en deux semaines dans des fusillades sur fond de trafic de drogue. Les guetteurs, petites mains du trafic, souvent visés, sont en première ligne. ICI Occitanie a pu échanger avec l’un d’eux à Bellefontaine.
Au pied d’une barre d’immeubles, quartier Bellefontaine à Toulouse, des graffitis rouge et noir indiquent, à la vue de tous, les prix pratiqués par les trafiquants de drogue : « 2g = 80 », « Promo ». Les voitures passent devant sans s’arrêter, ce mercredi 23 septembre 2026, mais un jeune homme est très attentif au va-et-vient. C’est Gustavo*, assis sur une chaise, à l’ombre d’un arbre, une barquette de kebab sur ses genoux. « Je suis à l’affût sur la venue des policiers et des civils, c’est mon métier », explique-t-il. Son métier, c’est guetteur.
Pendant que l’on discute avec lui, Gustavo continue de suivre du regard les automobilistes. Très vite, on en vient à parler de ce jeune homme de 18 ans, tué dans une fusillade, trois rues plus loin, à Bellefontaine. « Oui, j’en ai entendu parler, je ne le connaissais pas personnellement », confirme-t-il. « Paix à son âme, mais c’est le jeu. »
« Je suis bloqué »
À l’origine de ce drame, une rivalité entre deux équipes de La Reynerie et de Bellefontaine, explique Gustavo. Il se dit qu’un jour ou l’autre, ça sera peut-être son tour : » un peu inquiet mais ça va, parce que j’ai pas d’autre choix. C’est soit je bosse, soit je finis à la rue. »
Si Gustavo est si radical, c’est parce qu’avant de tomber dans le trafic de stupéfiants, il a tout tenté : « de l’intérim, je travaillais, j’ai touché le chômage… je ne sais pas pourquoi je n’arrive plus à trouver du travail. Je suis bloqué. Et quand on est bloqué et qu’il faut s’assumer, on n’a pas le choix. Je sais que c’est mal, la drogue, mais je ne suis pas dans le vol, dans l’escroquerie. On ne force pas les gens à venir consommer. Je préfère mille fois faire ça. »
« Ils ne font pas de mal, eux »
Il a conscience aussi de participer à un trafic qui fait régner la peur au Grand Miral depuis quelques semaines. Les habitants vivent d’ailleurs juste en face de son poste de guetteur. Des habitants qui lui disent « bonjour » et prennent de ses nouvelles. Au marché de Bellefontaine, Kadija, mamie d’un petit garçon, n’en veut pas aux guetteurs : « Mais ce sont des jeunes qui ne font pas de mal, eux. Je les connais très très bien. Ils n’ont rien à voir avec les plus grands qui tirent », affirme-t-elle.
Gustavo, lui, continue de guetter, pour une paie comprise entre 50 et 150 euros. De quoi juste « survivre », dit-il. « Je ne touche plus le RSA, je n’ai plus d’aide. »
*Le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat du témoignage.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555














