En centre-ville de Toulouse, la crainte de voir des scènes de violence se répéter chaque week-end, en marge des manifestations, est bien réelle. Le sujet est évidemment un sujet de discussion, sur fond de campagne présidentielle.
On est loin du grand rush du samedi et dimanche. En ce premier jeudi matin des vacances de la Toussaint, le calme règne sur le marché Cristal de Toulouse, le plus grand de la ville. Davantage qu’à l’accoutumée, clients et marchands ont tout le loisir pour tailler le bout de gras un peu plus longtemps que d’habitude, entre les fruits et légumes des étals bien achalandés.
Au milieu de ses avocats, pommes ou châtaignes – « c’est vrai qu’avec ce temps, on a envie d’en manger » –, Marina ne sait pas quoi répondre à une dame qui lui demande si le marché se tiendra bien comme d’habitude ce samedi. « On espère, mais pas sûr, on attend le retour de la mairie et du préfet », rétorque-t-elle.
La question est sur toutes les lèvres, car la semaine dernière en marge de la mobilisation du 17 octobre, les commerçants ont été priés de remballer leur marchandise aux alentours de 11 h 30, confie Marina. « Ça commençait à chauffer et à gazer un peu plus loin, relate-t-elle. Ça nous a flingués la matinée, de l’ordre de 30 % en moins par rapport à un samedi classique, qui est notre plus grosse journée ».
« L’impression qu’on fait tout pour emmerder ceux qui veulent bosser »
Les cortèges empruntant généralement – lors des mouvements sociaux – les boulevards de Strasbourg et d’Arcole qui accueillent le marché, la commerçante ne masque pas son inquiétude, dans un grand sourire désabusé. « Si c’est comme ça tous les week-ends jusqu’à la présidentielle, je ne sais pas comment on va faire, j’ai parfois l’impression qu’on fait tout pour emmerder ceux qui veulent bosser ». Finalement, en fin de journée de ce jeudi la préfecture de la Haute-Garonne et les deux syndicats ayant déposé une demande de manifestation pour ce samedi étaient en passe de se mettre d’accord sur un parcours évitant le centre-ville toulousain.
« Le pire, c’est qu’on commencerait presque à s’y habituer », commente un passant en faisant allusion aux scènes d’affrontement avec les forces de l’ordre, de casse, ou encore de pillage, qui ont tourné en boucle sur les chaînes d’information et les réseaux sociaux ces derniers jours. « Moi, je suis terriblement choquée par tout ce que je peux voir, enchaîne Marie, retraitée. Je comprends la mobilisation et une partie des revendications des étudiants et lycéens, et celles sur le pouvoir d’achat. Mais la violence non. Et ce qui me dérange, c’est que certains partis politiques, comme LFI, veulent le bordel. »
De son côté, Carole avoue ne plus trop savoir quoi penser. Cette enseignante estime la colère sociale légitime. Et d’égréner pêle-mêle l’état des services publics, que ce soit en matière d’éducation et de santé, ou encore les violences policières. « Je ne cautionne pas les débordements mais quelque part, je les comprends », expose-t-elle, indiquant que le climat ambiant délétère « ouvre la voie » à une arrivée au pouvoir de l’extrême droite.
« C’est aussi évident que de dire : ‘l’eau, ça mouille’, embraye Frédéric, comptable dans la cinquantaine. Je ne dirais pas que je suis désabusé par la politique, mais très méfiant, ça oui. Le problème en France, c’est qu’on attend trop de l’État. Et que ce soit Macron, Bardella, ou Mélenchon à la tête du pays, ça ne changera rien sur la fiche de paie des gens. »













