À Toulouse, le quartier de Bagatelle est depuis longtemps une plaque tournante du trafic de drogue. Les réseaux s’organisent autour de « nourrices » qui stockent la marchandise dans des appartements discrets. Sofian, un jeune impliqué, témoigne de la précarité et des dangers quotidiens.
Dans le dédale de Bagatelle, une des plaques tournantes de la drogue à Toulouse, il faut bien connaître sa géographie pour se repérer : rue du Gers, rue du Cher, de l’Artois, de Picardie, rue de la Gironde… Çà et là de petits groupes de jeunes discutent, certains surveillent, le téléphone portable jamais trop loin. Il faut dire que les fusillades autour des points de deal se multiplient depuis plusieurs semaines au Mirail. L’œil aux aguets, Sofian, la vingtaine avec son survêtement réglementaire, a accepté de se livrer sur ses activités. Ce spécialiste du ballon rond avait, dit-on, un avenir prometteur comme milieu de terrain. Aujourd’hui, il est bel et bien un acteur du milieu, mais son terrain de jeu : c’est les stups. Et si une nouvelle disposition réglementaire permet aux autorités d’expulser plus facilement les trafiquants de drogue des HLM, l’info n’a pas circulé entre les barres des immeubles toulousains. Il faut dire que progressivement, les points de deal « à l’ancienne » ont peu à peu disparu pour laisser place au « Ubershit » : la livraison à domicile.
Newsletter Faits Divers
Chaque vendredi, retrouvez les affaires qui marquent notre région, les enquêtes qui font parler, les procès majeurs et les coulisses de l’actualité police-justice, décryptés par nos journalistes spécialistes.
Des rouages bien huilés et des « nourrices » discrètes
Sur le terrain, les réseaux s’organisent autour de plusieurs fonctions. Pour 100 euros par jour, un « chouf » alerte si la police débarque. Le ravitailleur transporte la marchandise et le vendeur s’installe avec la sacoche. Le gérant tient les comptes. Selon Sofian, à Bagatelle, le trafic de drogue repose sur « une vingtaine d’appartements nourrices ». L’objectif est d’éviter de garder de grosses sommes sur soi et de contourner les contrôles de police. « Ce sont des appartements situés dans ou hors du quartier. On choisit des logements avec peu de caméras et sans angle de vue pour nous observer. » Éviter la vidéosurveillance pour ne pas se faire « griller » en se réapprovisionnant. « Dans l’appartement nourrice, il y a d’une part le produit, d’autre part, il peut y avoir de l’argent. Donc c’est un lieu important. » Le nerf de la guerre des gangs.
Ces lieux de stockage de résine de cannabis ou de cocaïne appartiennent souvent à des locataires extérieurs au gang. « Selon la quantité stockée, entre 10 et 20 kilos, le locataire peut toucher jusqu’à 500 euros par jour. Des gens qui postulent pour qu’on les paye », précise Sofian. En cas de suspicion, des déménagements en urgence sont organisés.
Entre peur des balles et précarité quotidienne
« Des gens avec qui j’étais en embrouille ont voulu me tirer dessus », confie Sofian, qui ne se déplace plus sans arme. Il gagne entre 3 000 et 5 000 euros par mois mais craint plus les balles des rivaux que les expulsions des logements sociaux, même si sa famille vit ici. « Bien sûr que les flingages nous effraient, nous sommes humains. Mais quand je me réveille le matin sans rien à manger, que voulez-vous qu’on fasse ? »














