Si Ninmar se trouve aujourd’hui derrière le comptoir de son tout nouveau café Mésopotamia, installé place Arnaud-Bernard à Toulouse, ce rêve semblait bien lointain il y a douze ans. Envolé de Syrie à l’adolescence, le jeune homme a traversé l’exil pour devenir humoriste et entrepreneur en Occitanie. Découvrez l’histoire de ce commerce atypique toulousain, entre café de spécialité du Gers et saveurs de son enfance.
C’est avec une immense fierté que Ninmar, réfugié politique syrien, lève chaque matin le rideau de son nouveau café, le Mésopotamia Coffee. Installé sur la place Arnaud-Bernard, cet accomplissement qui semblait inaccessible il y a encore quelques années est aujourd’hui une consécration. Un projet de vie qu’il n’aurait jamais osé imaginer lorsque sa famille et lui ont dû fuir la Syrie. Depuis un mois, il est devenu un entrepreneur épanoui et un acteur pleinement engagé dans la vie de son quartier.
De la Syrie à la place Arnaud-Bernard
« Je voulais dire merci à Toulouse, merci à l’Occitanie et participer à la vie locale. » Ce café, c’est en effet une manière de remercier sa terre d’accueil depuis douze ans. C’est aussi une bribe des souvenirs qu’il lui reste de son pays, qu’il n’a pas revu depuis son départ précipité, alors qu’il n’avait que quinze ans et demi.« Mes parents ne nous avaient pas dit, à mon frère, ma sœur et moi, que nous partions. Au début, ils ont préféré nous faire croire que nous partions en vacances. » Le pays était devenu trop dangereux pour sa famille, de confession catholique, l’une des premières communautés à avoir quitté le pays.
Mais le départ a aussi été motivé par l’approche de son service militaire, auquel ses parents ont préféré le soustraire. « On a tout abandonné, les meubles, la maison, et nous n’y sommes plus jamais retournés. » Depuis, son seul lien avec son pays de naissance se résume à sa grand-mère, restée là-bas, et à ce café. « Mon café, c’est un peu le Moyen-Orient en paix »
Un parcours semé d’embûches
Parmi les premières difficultés rencontrées en France : la langue, mais aussi le lien social et les coutumes françaises. Plus récemment, avec l’ouverture de son commerce, il s’est heurté à de nouvelles difficultés, notamment avec les banques. Trop de fois confronté à son statut de réfugié, ne facilitant pas son accès à un prêt : « Comme la Syrie a été placée par la France sur la liste des organisations terroristes, les banques ne veulent pas prendre le risque d’être associées à cela. » Pour concrétiser son projet, il a dû autofinancer une partie, compter sur l’aide de ses parents et solliciter un crédit auprès d’une association.
Parallèlement, après quelques années en France, il se lance un défi audacieux : devenir humoriste et faire rire les Français dans leur propre langue. « Je voulais améliorer mon français mais surtout parler de mon histoire. » Malgré l’ouverture de son café il y a un mois, Ninmar trouve toujours le temps de se produire sur scène, en particulier à Toulouse.
Un café représentatif du Moyen-Orient moderne
Mésopotamia Coffee tire son nom de la Mésopotamie, « Même si le pays n’existe plus, une grande partie du Moyen-Orient se trouve en Mésopotamie. » Le but de ce café est avant tout de mettre en avant une identité, à travers des recettes transmises de génération en génération. « Des gens du Moyen-Orient se sentent à la maison dans ce petit local. » Le gérant y croise ses différentes cultures : le café qu’il utilise est par exemple torréfié dans le Gers, par la maison Di Costanzo.
Dans son café, les spécialités le ramènent à son enfance : le café à la cardamome et le petit chouchou de ses clients, le Inanna Latte, un mélange de café et de lait au sirop de datte, une boisson typique qu’il buvait plus jeune. « C’est ce que préparent les mémés au Moyen-Orient. » À travers une décoration minimaliste, Ninmar tient à véhiculer une image moderne de sa région d’origine. « J’ai un petit local de 30 m², mon but c’est d’y faire entrer ma version du Moyen-Orient. »











