Après l’incendie de Trévillach qui a ravagé près de 5 000 hectares dans les Pyrénées-Orientales, la Fédération des chasseurs adapte ses pratiques. La chasse au petit gibier sera suspendue sur les zones brûlées jusqu’en 2027, tandis qu’un suivi de la faune et des actions de solidarité sont engagés pour accompagner la reconstruction des territoires.
Le feu a laissé derrière lui des paysages profondément transformés et un territoire largement fragilisé. Près de 5 000 hectares ont été ravagés début juillet dans la vallée de la Têt, touchant plusieurs communes comme Trévillach, Rodès, Vinça, Rigarda ou encore Ille-sur-Têt. Face à l’ampleur des dégâts, la Fédération des chasseurs des Pyrénées-Orientales a décidé d’adapter ses pratiques pour accompagner la reconstitution de la faune et des milieux naturels.
La première mesure concerne directement le petit gibier. Sur les secteurs incendiés, les prélèvements seront suspendus jusqu’en février 2027 afin de préserver les populations restantes et de leur permettre de retrouver progressivement un équilibre. Une décision prise alors que certaines espèces ont été particulièrement touchées par la disparition brutale de leur habitat.
Les perdrix figurent parmi les animaux les plus vulnérables après le passage des flammes. Dans les semaines qui ont suivi le sinistre, des actions d’urgence ont été menées pour limiter les conséquences de la sécheresse des sols et de l’absence de ressources naturelles. Des points d’eau temporaires ont ainsi été installés, avec environ 2 000 litres distribués en dix jours sur différents secteurs afin d’aider les oiseaux à traverser cette période critique.
Une surveillance renforcée pour accompagner le retour de la faune
Au-delà des mesures immédiates, la fédération souhaite désormais observer l’évolution des territoires touchés sur le long terme. Un suivi annuel de la faune doit être mis en place afin d’évaluer la capacité des espèces à recoloniser les zones brûlées. Les comptages concerneront aussi bien le petit et le grand gibier que les passereaux.
Cette observation doit permettre de mieux comprendre les conséquences du feu et d’adapter la gestion des populations dans les années à venir. Malgré les dégâts considérables, les responsables cynégétiques estiment que certaines zones pourraient progressivement retrouver un intérêt écologique. « L’ouverture des milieux favorisera la biodiversité et la repousse de certaines graines, créant un environnement idéal », indique la Fédération des chasseurs des Pyrénées-Orientales.
La reconstruction des habitats naturels reste toutefois un chantier de longue haleine. Dans certains secteurs, l’ampleur du sinistre est considérable. « Cet incendie a été plus violent et destructeur que les précédents, brûlant près de 95% du territoire chassable de Rodès », précise Laurent Baudet, président de l’ACCA Rodès.
Les sangliers au cœur des préoccupations agricoles
Si le petit gibier bénéficie d’un temps de récupération, la situation est différente pour le grand gibier, notamment les sangliers. La fédération estime que les animaux se sont concentrés dans les espaces épargnés par l’incendie, où ils trouvent encore de la nourriture et de l’eau.
Cette concentration fait craindre une augmentation des dégâts dans les exploitations agricoles voisines, notamment dans les vignes et les vergers. Dans ce contexte, les opérations de régulation restent maintenues lorsque les conditions le permettent. Les chasseurs considèrent cette action comme un moyen de limiter la pression supplémentaire exercée sur des agriculteurs déjà fragilisés par plusieurs épisodes difficiles, entre sécheresse, grêle et incendie.
Une mobilisation pour reconstruire les territoires
L’incendie a également bouleversé la pratique de nombreux chasseurs. Plusieurs associations communales ont perdu une partie importante de leurs espaces habituels, privant certains adhérents de terrain de chasse. Pour y répondre, la fédération appelle à une solidarité entre territoires afin que les quelque 350 chasseurs concernés puissent être accueillis temporairement sur d’autres secteurs du département.
Les responsables souhaitent également tirer des enseignements de cet épisode pour mieux prévenir les futurs incendies. Ils encouragent les chasseurs à participer davantage aux opérations de débroussaillage et à l’entretien des espaces naturels, tout en plaidant pour une meilleure coordination entre les différents acteurs du territoire.
Cette volonté passe aussi par un rapprochement avec les services de secours. La fédération rappelle que les chasseurs disposent d’une connaissance fine des massifs et des chemins parfois difficiles d’accès, « un atout parfois capital pour les pompiers du SDIS66 », souligne-t-elle, en souhaitant renforcer cette coopération lors des prochaines interventions.















