Le Winger, bar historique de la rue Bayard, est une nouvelle fois au cœur de tensions autour des nuisances sonores. Après une nouvelle intervention des forces de l’ordre le 30 juillet, son patron conteste les faits constatés et redoute une « attention particulière » à l’égard de son établissement. La mairie, qui fait état d’au moins 34 signalements depuis début 2024, réfute tout « acharnement » et assure que les contrôles répondent aux plaintes des riverains. La Dépêche vous explique la polémique.
En haut de la rue Bayard, le Winger a vu le quartier changer autour de lui. Le bar, géré par Kamel K. depuis 2017, revendique son image de « bistrot populaire ». Le lieu est aussi connu pour ses sympathies LFI, il a notamment servi de QG à François Piquemal, candidat face à Jean-Luc Moudenc lors des dernières élections municipales. Depuis plusieurs années, le Winger entretient des relations compliquées avec la mairie : fermeture administrative en 2017, contentieux sur le refus d’autorisation de terrasse entre 2019 et 2021 et, aujourd’hui, tensions autour des nuisances sonores.

« Je fais très attention depuis le dernier avertissement »
Le 13 juin 2025, une intervention des policiers municipaux pour tapage nocturne a conduit à une mesure d’avertissement probatoire émanant du parquet, rendue en mars 2026 pour une durée d’un an. Une période durant laquelle le bar s’expose à des amendes supplémentaires en cas de récidive.
Le 30 juillet dernier, une nouvelle intervention a mis le feu aux poudres. Une patrouille circulant rue Bayard est intervenue de son propre chef dans son bar peu avant minuit, alors qu’un karaoké s’y déroulait en petit comité, portes ouvertes. Le gérant conteste les nuisances constatées. « La musique n’était pas forte, il n’y avait qu’une dizaine de clients. Je fais très attention depuis l’avertissement probatoire », assure-t-il. Ce soir-là, le ton monte, il refuse de donner ses documents d’identité. Peu après, il a décidé de saisir le procureur. Dans un courrier au parquet, il affirme : « Je veillais précisément à maintenir un niveau sonore compatible avec le respect de la tranquillité du voisinage (…) Je crains de faire l’objet d’une vigilance particulière indépendante de tout trouble effectivement constaté. »
« Il n’y a pas de mission sur le Winger »
Emilion Esnault, élu en charge de la sécurité et de la tranquillité publique, réfute cette lecture. « Lorsqu’un établissement pose vraiment des problèmes, on met en place une « mission », avec des patrouilles tous les jours. Il n’y a pas de mission sur le Winger », affirme-t-il. Selon lui, les interventions répondent en grande majorité aux signalements des riverains. « Entre le début de l’année 2024 et mars 2026, 34 appels ont été enregistrés par le service AllôToulouse pour « clientèle bruyante » ou « musique amplifiée », issus de plaignants différents. Les policiers se sont déplacés une vingtaine de fois, deux rappels à la réglementation et quatre infractions ont été relevés. S’il y avait un acharnement, le taux de verbalisation serait bien supérieur à ça, estime l’élu. Tout le monde est traité à la même enseigne. »
Concernant le bruit, l’édile préconise la mise en place de mesures – « des portes insonorisées, un portier et éventuellement un limiteur de son » – et considère que le Winger « ne maîtrise pas suffisamment sa musique amplifiée, depuis plusieurs années ». Et il conclut : « Les contrôles continueront à chaque fois qu’il y aura des plaintes. »
Au-delà des contrôles, Kamel pointe quant à lui du doigt la « gentrification » du quartier Bayard. « On est là depuis trente ans mais notre profil ne correspond pas au projet de la Ville », déplore-t-il.
















