La quincaillerie multiservices du 40, avenue de l’URSS, quartier Saint-Agne à Toulouse, baissera définitivement le rideau le 30 septembre. Charlie Faure Valette, arrière-petit-fils des fondateurs, raconte le déclin d’un commerce familial confronté aux enseignes à bas prix, aux achats sur Internet et à la hausse des charges. Des salariés vont perdre leur emploi. Tout un quartier va perdre son service de proximité et pleure la disparition d’un nouveau commerce. On vous dit ce que va devenir ce local très courtisé.
Dans les rayons de Valette Services, on trouve encore de tout : du matériel de bricolage, des produits d’entretien et de jardinage, de la papeterie, mais aussi un service de cordonnerie, de couture, de blanchisserie, de photos d’identité ou de reproduction de clés.
Après 71 ans de présence au 40 avenue de l’URSS, quartier Saint-Agne à Toulouse, cette caverne d’Ali Baba du quotidien fermera pourtant ses portes le 30 septembre, à 19 heures.

« Action et Amazon nous ont tués », résume amèrement Charlie Faure Valette, arrière-petit-fils des fondateurs et représentant de la quatrième génération à tenir la boutique. Âgé de 19 ans lorsqu’il a rejoint l’entreprise familiale, il en a repris les commandes il y a six ans.
« Avant le Covid, nous étions au maximum de ce que nous pouvions faire »
L’histoire commence en 1955, lorsque ses arrière-grands-parents ouvrent un magasin consacré à la photographie. « Le commerce a dû se réinventer au fil des années », raconte Charlie. Avec l’arrivée du numérique, au tournant des années 2000, la photographie argentique s’effondre. Son grand-père développe alors la reproduction de clés et différents services. La droguerie et la quincaillerie prennent ensuite leur essor, à partir de 2008.
Cette capacité d’adaptation a longtemps permis à Valette Services de résister. « Avant le Covid, nous étions au maximum de ce que nous pouvions faire », se souvient le commerçant. Considérée comme essentielle, la boutique reste ouverte pendant les confinements. Mais les habitudes prises durant cette période vont ensuite se retourner contre elle.


« Les gens ont davantage commandé sur Internet et moins consommé en boutique. Certains venaient chercher le conseil chez nous avant d’acheter en ligne. C’est encore plus vicieux », regrette Charlie Faure Valette. En étudiant ses comptes, il dit observer une corrélation nette entre la progression des achats sur Internet et la baisse de son chiffre d’affaires.
« Les gens cherchent le prix le plus bas »
Les enseignes spécialisées dans les produits à très bas prix ont également fragilisé ce commerce traditionnel. « Les quincailleries sont un peu les ancêtres d’Action : l’enseigne en a repris le concept, mais avec des produits moins chers et souvent de moins bonne qualité », estime-t-il.


À cette concurrence s’ajoutent l’inflation et l’augmentation des charges. « La vie est chère, donc je comprends que les gens cherchent le prix le plus bas. Mais parfois, pour deux euros de différence, il faudrait réadapter notre façon de penser », plaide celui qui assure privilégier personnellement les commerces de son quartier.
Pour les habitués, l’annonce est douloureuse. « Ça pleure un peu au comptoir. Des gens nous disent que cette fermeture va vraiment changer leur quotidien », confie Charlie. Elle entraîne aussi la suppression des emplois des quatre salariés de la boutique. « C’est compliqué pour moi et pour eux. Nous perdons quelque chose de familial qui existe depuis 71 ans. »
Une activité de reproduction de clés maintenue
Charlie Faure Valette ne renonce toutefois pas complètement. Dès le 15 octobre, il lancera dans le même local une nouvelle enseigne, baptisée « Clés et Solutions », consacrée à la reproduction de clés, à la conciergerie et aux petits dépannages à domicile : petite plomberie, électricité, changement de lampes ou pose de cadres.


Cette activité y restera provisoirement, le temps de vendre le droit au bail et de trouver un espace plus petit. Plusieurs candidats se seraient déjà manifestés pour reprendre le vaste local du 40 avenue de l’URSS. « Pour le moment, les deux seules propositions qui se rapprochent sont celles d’assurances ou de banques », souffle le commerçant. Une nouvelle illustration, selon lui, de l’effacement progressif des commerces de proximité.












