À une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Toulouse, la forêt de Bouconne est souvent présentée comme le poumon vert de la métropole. Ce que l’on dit moins, c’est qu’elle dissimule sous ses chênes les traces d’une occupation humaine plurimillénaire, dont une bastide médiévale engloutie par les arbres et des vestiges du Paléolithique mis au jour par des fouilles archéologiques. Un livre d’histoire en plein air, à portée de week-end.

Le plus grand massif forestier dans un rayon de trente kilomètres
La forêt de Bouconne s’étend sur près de 2 700 hectares à cheval sur la Haute-Garonne et le Gers, ce qui en fait le seul grand massif forestier à proximité immédiate de Toulouse. Elle couvre les territoires d’une dizaine de communes, de Pibrac à Lévignac-sur-Save en passant par Léguevin et Mondonville, si bien que selon l’entrée choisie, les paysages changent sensiblement : chênaie de plaine ouverte au nord, sous-bois plus denses et vallonnés avec des résineux au sud.
Le GR653, chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, la traverse en diagonale, ce qui lui confère une dimension historique que les promeneurs occasionnels ne soupçonnent pas toujours.
Une bastide engloutie par les arbres
C’est au cœur de la forêt que la surprise est la plus grande. Des vestiges de bastide médiévale subsistent encore entre les troncs, témoins d’une époque où ce secteur était habité bien avant que la végétation ne reprenne ses droits. La forêt de Bouconne s’étendait jadis sur un territoire bien plus vaste qu’aujourd’hui, puisque les bois recouvraient autrefois une grande partie des terres qui furent ensuite défrichées, cultivées, puis partiellement reboisées selon les siècles, d’autant que l’histoire de la propriété du massif est elle-même complexe : forêt comtale au IXe siècle, puis forêt royale à partir de 1271, après la mise en application du traité de Meaux mettant fin à la guerre des Albigeois.
Ces allers-retours entre l’emprise humaine et la reconquête forestière expliquent que certains vestiges d’habitations aient été progressivement absorbés par la végétation, au point de ne plus être visibles qu’en cherchant bien, ou en suivant un randonneur qui connaît les lieux.
Des traces qui remontent au Paléolithique
Les fouilles archéologiques menées en 2003 à l’occasion de la construction de l’itinéraire à grand gabarit sur la commune de Montaigut-sur-Save ont livré une découverte inattendue : le site de Bichou a révélé des vestiges du Paléolithique inférieur, avec des outils de type acheuléen fabriqués à partir de galets prélevés dans la Garonne. La preuve que ces terres n’ont pas attendu le Moyen Âge pour être fréquentées, puisque des chasseurs-cueilleurs s’y installaient déjà bien avant la formation de l’actuelle forêt.
Cette superposition de traces humaines sur des millénaires est ce qui rend Bouconne singulière par rapport aux autres espaces naturels périurbains : on n’y vient pas seulement pour marcher, mais aussi pour frôler, sans forcément le savoir, une stratigraphie historique dense.
D’autres vestiges à repérer en chemin
L’histoire récente a également laissé des marques dans le massif. Une tour télégraphique de Chappe, datant du XIXe siècle, se dresse encore dans la forêt : cette infrastructure permettait autrefois de transmettre des signaux optiques d’une ville à l’autre, une technique utilisée de 1834 à 1853 seulement avant d’être supplantée par le télégraphe électrique. Un peu plus loin, une stèle commémorative marque l’endroit précis où François Verdier, chef de la Résistance régionale, fut assassiné par la Gestapo le 27 janvier 1944. Et dans un autre registre, un monument votif très ancien indique l’emplacement où saint Dominique aurait prêché au XIe siècle selon la tradition locale.
Comment explorer la forêt de Bouconne ?
Plusieurs entrées permettent d’accéder au massif depuis la métropole toulousaine : Pibrac, Léguevin et Lévignac-sur-Save sont les plus fréquentées, avec des parkings aménagés et des plans des sentiers disponibles sur place. L’ONF propose un parcours de santé et un sentier écologique balisés, accessibles à tous niveaux, d’autant que le relief de la forêt reste globalement modéré sur la majorité des itinéraires. La forêt est praticable toute l’année, mais le printemps et l’automne offrent les conditions les plus agréables, quand la lumière filtre à travers les branches sans la lourdeur de l’été.
Pour les Toulousains qui pensent avoir fait le tour des espaces naturels accessibles à la journée, la forêt de Bouconne réserve encore quelques surprises à ceux qui sortent des sentiers les plus balisés.














