Après deux jours de débats sur le trafic d’Auriacombe, à La Reynerie, le tribunal correctionnel de Toulouse a rendu son jugement, ce mercredi 26 août. Les deux frères présentés comme les principaux responsables écopent de cinq ans de prison. Les autres peines s’échelonnent de quinze mois avec sursis à trois ans ferme.
Le sourire de Mehdi a traversé le box au moment où le président a prononcé les cinq années de prison. Un clin d’œil vers la salle, puis son fils, venu lui taper dans la main. Quelques minutes plus tôt, la tension était montée au tribunal correctionnel de Toulouse. « Pas de manifestation dans la salle », avait prévenu le président. Au terme de deux jours de procès, les dix prévenus du trafic d’Auriacombe, à La Reynerie, ont tous été condamnés, avec des relaxes sur certains chefs.
L’affaire, ouverte en octobre 2023 autour du point de deal du cheminement Louis-Auriacombe, reposait largement sur les surveillances, les écoutes et les sonorisations. Les enquêteurs avaient estimé jusqu’à 40 à 70 ventes par heure, pour un chiffre d’affaires quotidien de 10 000 à 14 000 euros. Au fil de l’audience, presque tous les prévenus avaient pourtant contesté le rôle précis qui leur était attribué.
Mercredi, les avocats ont tenté une dernière fois de défaire cette architecture. Pour Jennat, Me Margaux Boiteau a contesté la logique même des poursuites pour blanchiment : pourquoi elle, et pas les compagnes des autres prévenus ? Sa cliente, insiste-t-elle, « n’est nulle part dans cette hiérarchie » et rien ne permet d’établir que ses achats ont été financés par l’argent du trafic.
Me Axelle Chorier, aux côtés de Me Sarah Nabet-Claverie pour Slimane, a été plus abrupte : « Dans ce dossier, vous n’avez rien. » Pas d’enrichissement, pas de train de vie particulier, pas d’identification certaine, selon elle. Pour Sammy, Me Jocelyn Momasso-Momasso a ramené l’affaire à des proportions plus ordinaires : « C’est un dossier ‘Place nette’ qui a pris beaucoup d’importance alors que c’est un dossier de trafic classique. » Il a surtout raconté la détention à Seysses, les formations, le psychologue, jusqu’au travail consistant à récurer les toilettes.
Un jeune « interchangeable »
Me Apollinaire Legros-Gimbert a plaidé le rôle « incident » de Mohamed. Me Guillaume Conry a rappelé que Laouari disparaissait parfois des surveillances et n’avait, selon lui, rien d’une nourrice installée : 1 200 euros retrouvés chez lui, « ce n’est rien ». Me Christian Etelin s’est interrogé sur les trois ans requis contre Aziz. « Sur la base de quoi », s’est-il interrogé. Me Jacques Derieux a dénoncé la faiblesse du dossier contre Anthony, notamment autour de la « jambisation » dont il avait été victime et qui ne serait pas en lien avec le trafic. Me Alexandre Martin a décrit Abdelkader comme l’un de ces jeunes « interchangeables » des points de deal, sans signe d’enrichissement : « Il vit chez ses parents, pas une paire de Nike. »
Restait le sommet supposé. Pour Reda, Me Édouard Martial a contesté l’image du numéro deux : « Pas grand-chose, pas de certitudes en réalité. » Me Ashley Keller, pour Mehdi, s’est attaqué au cœur économique du dossier : si le trafic rapportait réellement 10 000 à 14 000 euros par jour, « il est passé où, l’argent ? » Et pourquoi certaines personnes décrites dans les rapports comme plus importantes encore n’étaient-elles pas devant le tribunal ?
Un peu plus de deux heures plus tard, les juges sont revenus. « Je suis stressée, sa mère », a soufflé une voix dans la salle. Le président a d’abord annoncé qu’aucun des prévenus comparaissant libre ne repartirait en détention, avant d’égrener les peines.
Cinq restent en prison
Jennat est condamnée à quinze mois avec sursis simple, une peine « à valeur d’avertissement ». Slimane écope de trente mois, dont vingt avec sursis probatoire ; la partie ferme est couverte par sa détention provisoire. Mohamed est condamné à dix-huit mois, dont neuf avec sursis probatoire. Sammy reçoit dix-huit mois d’emprisonnement aménageables. Aziz, relaxé du chef d’importation, est condamné à trente mois et ressort libre.
Pour les cinq détenus, les portes restent fermées. Laouari est condamné à deux ans, Abdelkader à deux ans, Anthony à trois ans, tous avec maintien en détention. Les deux frères, Reda et Mehdi, écopent chacun de cinq ans de prison avec maintien en détention.
Les condamnés disposent de dix jours pour faire appel. En poussant la porte de la salle d’audience, un homme a résumé à sa manière l’issue de ces deux journées : « Là, c’est champagne. »








