237 cartouches de cigarettes et 3,5 kg de tabac à narguilé ont été saisis par les douaniers de Cierp-Gaud, en Haute-Garonne, lundi 17 août lors d’un contrôle routier. Le conducteur revenait d’Espagne, assurant avoir acheté les cigarettes pour sa consommation personnelle. La contrefaçon de tabac est en pleine expansion en Haute-Garonne : elle désigne la production et la vente de cigarettes falsifiées ne respectant aucune norme sanitaire légale. Nous avons interrogé Hervé Natali, responsable chez Imperial Brands-Seita, pour décrypter la structure de ces réseaux criminels internationaux et l’explosion de ce marché parallèle qui atteint près de 20 % à Toulouse.
La part de la contrefaçon dans la consommation de tabac atteint 25,5 % en Occitanie, comment l’expliquer et d’où vient ce tabac ?
Nous suivons l’évolution de la consommation de tabac deux fois par an depuis plus de dix ans. Jusqu’à récemment, aucune usine de contrefaçon n’avait été identifiée sur le territoire national. Or, depuis 2021, sept ateliers clandestins ont été découverts en France. Les contrefacteurs s’organisent en réseaux d’envergure, extrêmement structurés.
Du côté des fabricants légaux, la vigilance est maximale : à chaque modernisation d’équipement ou fermeture d’un site, chaque machine est désinstallée, démontée et certifiée par des autorités compétentes afin d’éviter qu’elle ne se retrouve sur le marché noir. Concernant les matières premières comme le papier, la ouate de cellulose ou le tabac, les flux proviennent d’Asie et de pays émergents. En revanche, les organisations criminelles démantelées à ce jour s’appuient principalement sur des filières issues des anciens pays du bloc de l’Est — notamment d’Ukraine, de Pologne, de Moldavie ou d’Arménie —, ainsi que sur des réseaux géorgiens. Ces groupes agissent de la même manière que pour le trafic de stupéfiants : chaque membre occupe une fonction précise pour piloter l’activité jusqu’à l’usine de contrefaçon. Par ailleurs, de plus en plus de particuliers commandent sur Internet du tabac brut ainsi que des machines à découper, broyer ou tuber, afin de fabriquer et commercialiser leurs propres cigarettes de manière artisanale.
Ce tabac de contrefaçon, est-ce qu’il est plus dangereux que le tabac fabriqué par les industriels ?
Le tabac de contrefaçon, bien évidemment, est plus nocif que le tabac, parce que les critères de fabrication, les conditions de fabrication et les matériaux utilisés ne répondent en rien aux standards qui sont imposés aux produits légaux. On peut trouver de la sciure, parfois des déjections animales dans ce tabac… Dans les filtres ou le papier, on peut découvrir des champignons, cela a été documenté par le laboratoire de la douane française.
Est-ce qu’on ne confond pas ici tabac de contrebande et tabac venant de pays à faible taxation ?
Non. Nos études permettent de certifier l’authenticité d’un produit. Dès qu’il s’agit de contrefaçon, le paquet n’est répertorié nulle part. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à Toulouse, au quatrième trimestre 2018, la contrefaçon ne représentait que 0,7 % de la consommation. Au quatrième trimestre 2025, elle a grimpé à 19,3 %. La tendance lourde réside précisément dans cette explosion de la contrefaçon.
Le tabac disponible en Andorre, par exemple, est-ce qu’il est produit par les cigarettiers ou par les contrefacteurs ?
Il est produit par les cigarettiers. Qu’il s’agisse de l’Andorre, de l’Espagne ou de la Belgique, ce sont les fabricants officiels qui approvisionnent directement le réseau des buralistes locaux.
Les cigarettiers n’approvisionnent-ils pas massivement les pays où la fiscalité tabac est « light » ?
Nous livrons strictement à la hauteur des volumes demandés par les vendeurs agréés des pays concernés. Notre politique sur ce point est sans équivoque : si les commandes s’avèrent anormalement élevées, nous appliquons un principe de tolérance zéro et suspendons immédiatement les livraisons auprès du revendeur.
Est-ce qu’elle n’a pas intérêt à surestimer la contrefaçon et la contrebande pour limiter la fiscalité nationale sur le tabac ?
On aurait pu le penser à une époque. Pourtant, cela fait près de dix ans que nous alertons sur l’essor du marché noir. Aujourd’hui, un consensus existe : les responsables politiques et les élus sont pleinement conscients de la gravité du trafic de tabac en France. La fiscalité a joué son rôle dissuasif, mais je ne suis pas certain qu’elle demeure le levier le plus efficace pour inciter les fumeurs à décrocher, même si c’est l’objectif affiché. Quoi qu’il en soit, ces chiffres sont une réalité et il est essentiel de les partager.














