Bilal, un Tunisien de 32 ans en situation irrégulière, a été condamné à quatre mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Toulouse pour violences aggravées au CRA de Cornebarrieu (Centre de rétention administrative). Stigmatisée pour son hygiène et absente à l’audience, la victime a subi une plaie au crâne. Bilal, qui nie les faits, évoque sa détresse psychologique après 88 jours de rétention. L’histoire.
Sur les images de la caméra, on voit Bilal pénétrer dans une chambre qui n’est pas la sienne. La scène se passe dimanche dernier, au CRA de Cornebarrieu (Centre de rétention administrative), près de Toulouse. Quand il en ressort, en compagnie de deux de ses camarades, la victime compose le numéro de Police-secours.
« Je suis contre la violence »
« Appeler le 17 alors que l’on se trouve dans des locaux gérés par la police, c’est particulier… », relève le président du tribunal correctionnel. Bilal, Tunisien de 32 ans en situation irrégulière, comparaît pour violences aggravées. Absente à l’audience, la victime présente une plaie ouverte au crâne et diverses ecchymoses (1 jour d’incapacité légale).
« Il dit que vous l’avez frappé à coups de claquette et de poing ». Sa tête a heurté un mur. Dans le box, le trentenaire promet qu’il n’a « frappé personne. Je n’ai aucune raison de le faire. D’ailleurs, je suis contre la violence ». L’interprète traduit ses dénégations. « La victime a des difficultés avec tout le monde », constate Me Florence Grand en défense.
« J’avais mon café à la main »
Ses camarades d’infortune le stigmatiseraient pour des problèmes liés à l’hygiène. « On m’a raconté qu’il urine dans le couloir », confirme Bilal. Ce dimanche, le trio a-t-il pénétré dans sa chambre pour exercer un contrôle ? « Il y avait beaucoup de [détritus] dans sa poubelle. Et il y a souvent des rats », mentionne le prévenu qui n’en démord pas : « J’allais être libéré bientôt, j’avais mon café à la main, je n’avais aucune raison d’avoir des problèmes avec les autres ».
Son positionnement irrite la procureure. « Ses arguments ne tiennent pas la route. Sur la vidéo, on voit qu’il reste dans cette chambre plus longtemps que les deux autres. Et il a déjà été condamné pour des violences », rappelle-t-elle en requérant six mois de prison ferme. « On ne sait pas ce qui s’est passé dans cette chambre », tente de persuader la défense.
Prison ferme
Me Grand dénonce surtout les ravages de l’incarcération sur la santé mentale. « Toutes les études le montrent. Les actes désespérés se multiplient au fur et à mesure de la durée de détention, comme les explosions de colère ou la grève de la faim. Au-delà de 60 jours, le retenu perd toute capacité de réaction psychologique : dépression, hyperréactivité, intolérance à la frustration. Lui, cela faisait déjà 88 jours qu’il était au CRA ».
« Je suis tellement fatigué psychologiquement. Je ne supporte plus d’être enfermé », s’apitoie Bilal avant que le tribunal ne parte délibérer. Quatre mois de prison ferme, maintien en détention, interdiction de détenir une arme pendant trois ans.














