Après l’émotion provoquée par la mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, la députée socialiste de Lozère Sophie Pantel estime que l’affaire révèle des défaillances plus profondes dans la protection des enfants. Elle appelle à l’adoption rapide d’une loi globale contre les violences sexuelles et sexistes.
Près de deux semaines après la disparition de Lyhanna à Fleurance, dans le Gers, l’émotion reste vive en Occitanie et dans toute la France. La collégienne de 11 ans avait disparu le 29 mai après sa sortie du collège. Après plusieurs jours de recherches, son corps a été retrouvé le 4 juin dans un silo agricole à Puycasquier. Le lendemain, les analyses génétiques confirmaient officiellement son identité.
Un homme de 41 ans, Jérôme Barella, a depuis été mis en examen pour enlèvement, séquestration et meurtre sur mineure de moins de 15 ans. Au-delà du drame, l’affaire suscite de nombreuses interrogations sur le suivi des signalements visant le suspect, déjà connu de la justice pour plusieurs procédures liées à des violences sexuelles présumées sur mineures.
« Ce n’est pas un fait divers »
Dans un long communiqué publié le 10 juin, la députée socialiste de Lozère Sophie Pantel a choisi de prendre la parole après plusieurs jours de silence. « La disparition de Lyhanna, puis la découverte du corps, nous a tous profondément bouleversés », écrit-elle.
L’élue explique ne pas avoir souhaité réagir « dans l’urgence » et refuse la recherche immédiate de responsables désignés. « Les démissions de ministres ne régleront rien, les boucs émissaires non plus », affirme-t-elle. Pour la parlementaire, l’affaire dépasse largement le cadre d’un simple fait divers. « Ce n’est donc pas un fait divers, c’est un fait de société », insiste-t-elle.
Des questions sur les défaillances du système
La députée rappelle que le principal suspect faisait déjà l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour des faits de violences sexuelles sur mineures. Selon les éléments aujourd’hui connus, plusieurs procédures avaient été ouvertes ces dernières années sans aboutir à des poursuites.
L’une d’elles concernait notamment une plainte déposée en 2025 pour des viols présumés sur une fillette de 10 ans. « Cette affaire interroge sur les conditions dans lesquelles les signalements sont recueillis, évalués et suivis », estime Sophie Pantel. Elle évoque de possibles défaillances « policières, judiciaires ou administratives » dans la chaîne de protection de l’enfance.
160 000 enfants victimes chaque année
Pour l’élue lozérienne, le drame de Lyhanna renvoie à une réalité beaucoup plus large. Elle rappelle qu’en France, environ 160 000 enfants seraient victimes chaque année de violences sexuelles. « Toutes les trois minutes, un enfant est victime d’une agression sexuelle », souligne-t-elle. Des chiffres qui, selon elle, imposent une réponse politique d’ampleur nationale.
Depuis plusieurs jours, de nombreuses associations de protection de l’enfance et collectifs féministes dénoncent également le caractère systémique de ces violences et réclament des moyens supplémentaires pour la justice et les services d’enquête.
Une proposition de loi portée par plus de 100 députés
Face à cette situation, Sophie Pantel appelle à examiner rapidement une proposition de loi transpartisane contre les violences sexuelles et sexistes. Le texte est porté par la députée Céline Thiébault-Martinez et a déjà été signé par 114 parlementaires issus de huit groupes politiques différents.
La députée de Lozère figure parmi les cosignataires. Selon elle, cette proposition de loi constitue aujourd’hui « le seul texte immédiatement applicable » pour renforcer la prévention, la protection des victimes et le suivi des situations à risque. Le projet est issu de 140 recommandations élaborées par des associations, des juristes et des spécialistes des violences sexuelles. Ces propositions ont été regroupées dans un texte de 79 articles.
Une réforme qui touche tous les secteurs
Le dispositif défendu par les parlementaires dépasse largement le seul champ judiciaire. Il concerne également la police, la protection de l’enfance, la santé, l’éducation, le numérique, le monde du travail ou encore la prise en charge des personnes en situation de handicap. « C’est la première approche véritablement globale et transversale », estime Sophie Pantel.
La députée affirme avoir contribué à certains travaux grâce à son engagement de longue date sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes.
Une pression qui monte sur le gouvernement
Alors que plusieurs inspections administratives ont été ouvertes après l’affaire Lyhanna, les défenseurs du texte demandent désormais son inscription rapide à l’ordre du jour du Parlement. Selon Sophie Pantel, son examen pourrait débuter avant la pause estivale en commission puis se poursuivre lors d’une session extraordinaire à la rentrée.« Il est temps d’agir », conclut l’élue.
Dans un pays encore sous le choc après la mort de Lyhanna, le débat sur les moyens accordés à la protection de l’enfance et au traitement des violences sexuelles apparaît désormais plus que jamais au cœur des discussions politiques.
* Ce fichier est publié sous la licence internationale Creative Commons Attribution – Partage dans les mêmes conditions 4.0 (CC BY-SA 4.0). Pour consulter les conditions complètes de cette licence : Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International (CC BY-SA 4.0)















