Un nouveau centre de recherche contre les cancers pédiatriques vient d’être lancé dans le Grand Sud-Ouest. Baptisé CIRCLE, il réunit Toulouse, Bordeaux et Montpellier autour d’un même objectif : transformer plus vite les découvertes scientifiques en traitements utiles pour les enfants et adolescents malades.
C’est une alliance rare, construite entre trois grandes villes hospitalières du Sud-Ouest. Toulouse, Bordeaux et Montpellier unissent leurs forces contre les cancers des enfants. Leur nouveau centre de recherche, baptisé CIRCLE, vient d’être officiellement lancé après avoir été labellisé par l’Institut national du cancer.
Derrière ce nom, il y a un enjeu très concret. Chaque année en France, plus de 2 200 enfants et adolescents de moins de 18 ans sont touchés par un cancer. Les progrès médicaux ont déjà permis d’améliorer fortement les chances de survie. Aujourd’hui, plus de 80 % des enfants sont encore en vie cinq ans après le diagnostic.
Mais cette réalité encourageante ne raconte pas tout. Certains cancers restent très difficiles à traiter. Les rechutes sont parfois redoutables. Et même lorsque la guérison est là, les enfants peuvent garder des séquelles pendant longtemps.
Un centre pour aller plus vite du laboratoire au lit du patient
CIRCLE a été pensé pour réduire le temps entre la découverte scientifique et l’application concrète dans les soins. Autrement dit, les chercheurs ne travaillent pas seuls dans leur coin. Ils avancent avec les médecins, les soignants, les familles et les associations.
Le centre rassemble le CHU de Toulouse, le CHU de Bordeaux, le CHU de Montpellier et l’Oncopole Claudius Regaud. Il est dirigé par la Pr Marlène Pasquet, hématologue et oncologue pédiatrique au CHU de Toulouse. Il est co-dirigé par la Pr Anne Laprie, de l’Oncopole Claudius Regaud, et le Pr Stéphane Ducassou, du CHU de Bordeaux. Au total, 26 équipes de recherche et de soins sont associées. Elles travaillent sur l’oncologie pédiatrique, l’hématologie, la radiothérapie, l’épidémiologie ou encore les sciences humaines.
Le projet bénéficie d’un financement de 3 millions d’euros sur cinq ans. CIRCLE devient ainsi le quatrième centre français de recherche intégrée d’excellence en cancérologie pédiatrique.
Pourquoi certains cancers résistent-ils aux traitements ?
L’une des grandes questions posées par CIRCLE est simple, mais essentielle : pourquoi certains cancers résistent-ils aux traitements ? Dans plusieurs maladies, les premières réponses peuvent être bonnes. Puis certaines cellules survivent, s’adaptent et finissent par provoquer une rechute. C’est ce mécanisme que les chercheurs veulent mieux comprendre.
Les équipes vont notamment travailler sur les leucémies, les lymphomes, les tumeurs cérébrales et l’ostéosarcome. L’objectif est d’identifier les failles des cellules cancéreuses, mais aussi de comprendre leur environnement. Car une tumeur ne vit pas seule. Elle interagit avec les tissus autour d’elle, avec le système immunitaire et avec l’organisme de l’enfant.
CIRCLE veut aussi développer une médecine plus personnalisée. La biopsie liquide, par exemple, pourrait permettre de suivre certains cancers grâce à une simple prise de sang. C’est moins lourd qu’une biopsie classique et cela peut aider les médecins à surveiller l’évolution de la maladie.
Guérir plus, mais aussi « guérir mieux »
L’autre grand enjeu concerne l’après-cancer. Car sauver un enfant ne suffit pas si le traitement laisse des séquelles trop lourdes. Mémoire, concentration, apprentissage, fatigue, mobilité, vie sociale : la maladie peut continuer à peser longtemps après la fin des soins.
La Pr Anne Laprie résume l’ambition en deux idées fortes : « guérir plus » et « guérir mieux ». Cette formule dit bien le changement de regard. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter les chances de survie. Il faut aussi préserver la qualité de vie des enfants devenus adolescents, puis adultes.
Les tumeurs cérébrales sont au cœur de cette réflexion. Chez l’enfant, le cerveau est encore en développement. Les traitements doivent donc être très précis pour attaquer la tumeur sans abîmer les zones saines. L’imagerie médicale, l’intelligence artificielle, la biologie et la radiothérapie de précision pourraient aider à mieux cibler les soins.
Les familles auront aussi leur mot à dire
CIRCLE veut donner une vraie place aux patients, aux parents et aux associations. Leur rôle ne se limitera pas à témoigner. Ils pourront participer à certaines étapes des projets, relire des documents destinés aux familles et aider les chercheurs à poser les bonnes questions.
Cette approche est importante. Les médecins connaissent la maladie. Les chercheurs connaissent les mécanismes biologiques. Mais les familles connaissent le quotidien : l’attente, les effets secondaires, les peurs, les contraintes, les trajets, l’école, la fratrie, la reprise d’une vie normale.
Le centre consacre plus de 120 000 euros sur cinq ans à ces actions de démocratie en santé. Farid Boulad, représentant associatif, résume cette implication par une phrase très forte : « Aider et sauver les enfants des autres. »
Les inégalités de santé aussi étudiées
Le lieu de vie, les revenus, l’éloignement des hôpitaux ou l’accès aux soins de support peuvent peser sur le parcours d’un enfant malade. CIRCLE veut donc étudier les inégalités sociales et territoriales de santé.
Un enfant suivi loin d’un grand centre hospitalier peut rencontrer plus d’obstacles. Une famille fragile peut aussi avoir plus de difficultés à organiser les rendez-vous, les déplacements ou l’après-traitement. Comprendre ces écarts doit permettre de mieux accompagner les enfants et leurs proches.
CIRCLE ne promet pas de miracle immédiat. Mais ce nouveau centre marque une étape importante. En réunissant Toulouse, Bordeaux et Montpellier, il crée une force collective autour d’une idée simple : face aux cancers des enfants, la recherche doit aller plus vite, plus loin, et rester au plus près des familles.












