Ce lundi 22 juin, environ 10 000 foyers de Toulouse et de Balma ont été privés d’électricité pendant deux à trois heures. Deux incidents ont frappé simultanément le réseau souterrain d’Enedis vers 15 h 30, en pleine vigilance rouge canicule. La raison est physique : la chaleur extrême détériore les câbles enterrés sous le bitume, et le phénomène s’aggrave à mesure que les étés deviennent plus intenses.
Deux postes sources lâchent le même après-midi
C’est à partir de 15 h 30 que les premiers foyers ont perdu le courant. Deux incidents se sont déclenchés presque simultanément sur le réseau 20 000 volts souterrain d’Enedis, l’un au niveau du poste source de Lasbordes, l’autre du côté de Saouzelong.
Au total, environ 10 000 abonnés à Toulouse et à Balma ont été concernés, pour une coupure qui a duré entre deux et trois heures selon les secteurs. Les équipes d’Enedis sont intervenues pour rétablir l’alimentation progressivement, poste source par poste source.
Ce que la chaleur fait concrètement aux câbles
En France, près de 700 000 kilomètres de réseau électrique sont enterrés, et c’est le cas de la quasi-totalité du réseau urbain toulousain. Ce choix présente un avantage bien connu par rapport aux lignes aériennes : les tempêtes, les vents violents et les chutes d’arbres ne l’atteignent pas. Mais la chaleur extrême, elle, agit différemment, et les infrastructures souterraines y sont particulièrement exposées.
Lorsque les températures en surface dépassent les 40°C, les galeries et conduites techniques qui abritent les câbles peuvent atteindre 80°C. À cette chaleur, les matériaux isolants se dégradent rapidement. Sur les tronçons les plus anciens du réseau, certains câbles sont encore isolés avec du papier imprégné d’huile, une technologie aujourd’hui obsolète mais toujours présente dans plusieurs secteurs. Sous l’effet de la chaleur, l’huile se liquéfie et migre le long des câbles, tandis que le papier perd ses propriétés isolantes, ce qui peut conduire à un court-circuit, voire à un départ de feu. C’est précisément ce mécanisme qui a fragilisé les postes sources de Lasbordes et Saouzelong ce lundi.
Un réseau qui se modernise, mais pas au rythme des étés qui s’intensifient
Enedis consacre environ 1,4 milliard d’euros par an à la modernisation de ses infrastructures, ce qui se traduit par environ 1 000 kilomètres de câbles remplacés chaque année. Sur un réseau total de 1,5 million de kilomètres, le rythme reste insuffisant face à l’accélération des épisodes caniculaires.
En amont de cette vague de chaleur, le gestionnaire avait pourtant activé une cellule de surveillance renforcée et prépositionné des équipes techniques sur les points identifiés comme les plus vulnérables. Cela n’a pas empêché la double défaillance de lundi, et pour cause : intervenir sur des câbles souterrains en milieu urbain implique des ouvertures de chaussée et des autorisations administratives qui rallongent inévitablement les délais.
Une semaine déjà marquée par deux autres incidents liés à la chaleur
Cet épisode s’inscrit dans une séquence particulièrement chargée pour l’agglomération toulousaine. Comme nous vous le rapportions, le vendredi 19 juin, un feu de broussailles au bord du lac de Sesquières avait contraint RTE à couper préventivement une ligne à haute tension pour sécuriser l’intervention des pompiers.
Ce sont 47 000 foyers qui s’étaient retrouvés sans courant à partir de 18 h 30, dans les quartiers des Minimes, Ancely, Saint-Cyprien, Mermoz, Barrière-de-Paris ainsi qu’à Blagnac, avant un rétablissement complet vers 21 heures.
Le samedi suivant, c’est la gare de Matabiau qui avait subi les effets de la chaleur : les caténaires dilatées par les températures avaient bloqué l’ensemble du trafic ferroviaire à partir de 15 h 30, contraignant deux rames à être évacuées sur les voies.
Des risques qui restent entiers tant que la vigilance rouge tient
La Haute-Garonne est passée en vigilance rouge canicule ce lundi à midi, avec des températures qui ont frôlé les 40°C dans l’après-midi sur Toulouse et des nuits qui ne descendent pas sous 20°C. La demande en climatisation reste maximale dans les logements, les commerces et les bureaux, ce qui maintient une pression continue sur l’ensemble du réseau de distribution.
Enedis ne cache pas que d’autres secteurs restent exposés à des incidents similaires tant que les températures ne redescendent pas, et l’alerte rouge devrait se prolonger au moins jusqu’en fin de semaine.









