Si repreneur il y a, ce ne sera pas lui. L’offre du financier Matthieu Pigasse de reprise de la société Fibre Excellence, menacée de liquidation judiciaire, a été rejetée ce lundi par le tribunal de commerce de Toulouse (Haute-Garonne), alors qu’un industriel envisage la reprise d’une des deux usines du premier producteur français de pâte à papier, selon l’avocat du CSE.
« Les conditions suspensives n’étant pas levées, l’offre est irrecevable », a déclaré à la sortie du tribunal l’avocat du CSE de Fibre Excellence, Me Christophe Clerc. Ce dernier n’a pas dévoilé l’identité du chef d’entreprise qui a déposé une lettre d’intention pour la reprise du site de Fibre Excellence à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), excluant celui de Tarascon (Bouches-du-Rhône).
« On prononcerait la liquidation de tous les sites, sauf pour Saint-Gaudens, qui a un sursis si les conditions sont réunies. Il y a un nouvel industriel qui a fait une lettre d’intention qui donne une caution de deux millions d’euros pour gagner du temps. Mais rien n’est fait », a souligné de son côté Sébastien Oustric, représentant CGT des salariés de Saint-Gaudens, à l’issue de l’audience.
La procureure a requis une liquidation partielle, concernant le site de Tarascon (270 emplois), à condition notamment que l’industriel qui a présenté la lettre d’intention dépose bien cette garantie d’ici mercredi, obtenant ainsi un sursis jusqu’à fin août pour présenter une offre de reprise.
Matthieu Pigasse soutenu par plusieurs syndicats
L’offre de Matthieu Pigasse visant à éviter la liquidation judiciaire « mobilise au total plus de 90 millions d’euros » et repose « sur un certain nombre de conditions », avait-il déclaré ce vendredi. Son projet de reprise est notamment soutenu par les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur et les syndicats CGT, CFDT et FO.
Pour préserver les 670 emplois dans les deux usines de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône), le financier avait demandé « à l’État un effort sur trois sujets : le coût de l’électricité, l’approvisionnement en bois ONF et les quotas carbone (…) Il appartient à l’État de dire s’il veut remplir ces conditions », avait-il ajouté.
Matthieu Pigasse faisait allusion au tarif de rachat de l’électricité produite par les deux usines de Fibre Excellence, à l’approvisionnement en bois aidé par l’Office national des forêts (ONF), alors que le cours de cette matière première a grimpé, et à la réintégration du fabricant de pâte à papier dans le système européen des quotas carbone. Le ministre de l’Économie Roland Lescure avait affirmé mardi dernier que cette offre n’était « pas au niveau ».
Fibre Excellence, qui possède les deux dernières grandes fabriques de pâte à papier de France, a été placée en redressement judiciaire fin avril. Après avoir injecté près de 300 millions d’euros dans le groupe, son actionnaire indonésien Jackson Wijaya avait jeté l’éponge au printemps, mettant en avant le manque de rentabilité de l’entreprise et refusant d’investir à nouveau.
Des cadres dirigeants de Fibre Excellence ont un temps travaillé à la constitution d’une offre de reprise, avant de renoncer. Des salariés, qui craignent la liquidation de l’entreprise, occupent depuis ce lundi le site de Saint-Gaudens, dans un territoire où l’emploi est rare, et depuis jeudi celui de Tarascon, a indiqué la CGT.














