Il se dit innocent depuis cinq ans et voilà Cédric Jubillar qui reconnaît aujourd’hui sa culpabilité dans la disparition de sa femme, Delphine Jubillar, en décembre 2020 dans le Tarn. Une spectaculaire volte-face, fruit d’un long travail sur lui-même, initié avec ses deux avocats, Mes Pierre et Guy Debuisson.
Du déni aux aveux. De l’innocent auto-convaincu à la reconnaissance de sa culpabilité. En opérant une incroyable volte-face, Cédric Jubillar, qui avait toujours clamé son innocence dans le meurtre de son épouse, Delphine Jubillar, en décembre 2020, à Cagnac-les-Mines (Tarn), vient de révéler au grand jour sa responsabilité dans la disparition de sa femme, dont le corps n’a jamais été retrouvé.
Un courrier perdu
Dans une lettre (deux en réalité ) qu’il adresse à ses deux avocats, Mes Pierre et Guy Debuisson, il rompt soudainement avec une ligne de défense devenue de plus en plus insoutenable. Contre toute attente, il reconnaît entièrement sa responsabilité dans la mort de son épouse. L’un de ses courriers manuscrits, rédigé à la maison d’arrêt de Seysses, est daté du 26 juin. Pour l’anecdote, on apprend au passage que cette lettre s’est perdue à La Poste du Capitole alors qu’elle était attendue dans les deux jours sur le bureau de Pierre Debuisson, à Toulouse.
La canicule et la réorganisation des postiers face aux fortes chaleurs ont entraîné du retard dans la distribution. Retrouvée par une agente au centre de tri, la lettre est finalement arrivée à bon port, mais avec plusieurs jours de retard. Alors que le procès en appel de l’artisan plaquiste de 38 ans est prévu, en principe, à partir du 21 septembre 2026 (il a été condamné à 30 ans de réclusion en première instance), pourquoi un tel revirement maintenant ?
Carences éducatives, peurs abandonniques
Lorsque Cédric Jubillar change d’avocats, en janvier 2026, il est encore groggy, sous le choc de sa lourde condamnation. Pierre et Guy Debuisson affirment que les prises de médicaments, neuroleptiques et antipsychotiques « ont durablement affaibli cet homme », incapable de se défendre. Ce que contestent ses précédents avocats, Mes Alexandre Martin et Emmanuelle Franck.
Placé à l’isolement à la maison d’arrêt de Seysses depuis le 18 juin 2021, il serait devenu une sorte de zombie. « J’ai senti un homme qui avait besoin de parler, de se livrer et de libérer sa conscience », poursuit Pierre Debuisson, qui a noué un lien de confiance avec le détenu. Un homme pris en charge depuis novembre dernier par une psychologue qui aurait aidé Cédric Jubillar à briser ce verrou interne qui l’enfermait dans une sorte de mutisme, voire de déni.
« C’est un travail d’équipe », souligne son avocat, évoquant le travail de cette tierce personne au sujet de laquelle il se refuse à tout autre commentaire. Depuis le début de cette affaire, Cédric Jubillar a toujours été le suspect numéro un. Un homme qui, depuis son enfance, s’est construit entre carences éducatives et peurs abandonniques.
Un sentiment de « toute-puissance »
Très peu sanctionné par sa mère, il aurait développé un sentiment de « toute-puissance » qui s’est amplifié dans la construction de sa personnalité, ont relevé les experts lors de son premier procès, à Albi.
Un homme qui, au fil du temps, s’est aussi bâti une carapace. Lors de la disparition de sa femme, tout indique qu’il a développé des mécanismes de défense face à ce qu’il décrit comme des agressions extérieures : la surmédiatisation de cette affaire et le sentiment de harcèlement des enquêteurs, des proches et de son environnement familier. Il s’est un peu plus replié sur lui et s’est complètement verrouillé dans un réflexe naturel, voire inconscient, de protection. Le temps fait son œuvre et sa carapace se durcit. Impossible pour lui d’avouer en terrain hostile. La porte est fermée à double tour. Toutes les tentatives pour le mener sur le chemin de la vérité sont alors vouées à l’échec.
Faire sauter le verrou
Pendant près de six ans, enquêteurs et magistrats se cassent les dents sur cette personnalité déroutante. Cédric Jubillar ne peut parler qu’en présence de personnes de confiance, de son cercle proche. C’est ce qu’il fait dès 2026 avec ses nouveaux avocats et cette « tierce personne ».
Dans un contexte où les conséquences de l’isolement sur son psychisme ont des effets désastreux, Cédric Jubillar éprouve la nécessité de se libérer d’un poids. « Pauvre Delphine, pauvres enfants », écrit-il dans sa lettre de rédemption. Les remords, il les exprime aujourd’hui. Et se met à la disposition de la justice. Mais que de temps perdu ! Les proches de Delphine Jubillar, persuadés depuis le début de l’implication de son mari dans sa disparition, n’attendaient pas d’aveux. Ils ont aujourd’hui l’espoir de retrouver la dépouille de l’infirmière pour lui offrir une sépulture digne de ce nom. Et que cet enfer se termine.

















