Vingt-cinq ans après l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, les souvenirs restent vifs et les traumatismes importants. Jacques Mignard, président de l’association « AZF-Mémoire et solidarité », revient sur le drame, la disparition de l’usine et la solidarité entre anciens salariés.
Le 21 septembre 2001, l’explosion de l’usine AZF faisait 31 morts à Toulouse et touchait plusieurs milliers de personnes. Vingt-cinq ans plus tard, le site a profondément changé : l’usine a disparu et a laissé place à l’Oncopole. Dans cette interview, Jacques Mignard, qui se trouvait dans l’usine au moment de l’explosion, évoque les conséquences du drame pour les anciens salariés, leur rapport à la disparition du site et les questions qui, selon lui, restent sans réponse.
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ICI Occitanie : Qu’est-ce que vous ressentez quand vous revenez ici, 25 ans après l’explosion ? Vous-même, vous étiez dans l’usine au moment de cette explosion en 2001 ?
Jacques Mignard : Oui, j’étais dans l’usine il y a 25 ans. Il faut dire que le site a énormément changé. L’usine a disparu. C’était le souhait de beaucoup. Elle a été remplacée par l’Oncopole, dont on peut apprécier la qualité des services. De nombreux salariés, malheureusement, en vieillissant, ont parfois eu recours à ses services. Donc, l’Oncopole a été pour nous, je dirais, une compensation un peu à la perte de l’usine qui nous a été imposée et que nous regrettons encore.
Ça fait du bien de voir tout ce qui s’est passé, tout ce qui a été fait ici aide à se reconstruire aussi pour les victimes ?
Oui, je pense qu’effectivement, le pire aurait été, par exemple, que l’on transforme le site de l’usine en un lotissement ou un placement immobilier, qui n’aurait pas eu la même vocation que peut avoir l’Oncopole aujourd’hui et tous les établissements tournés vers la santé.
Une fois qu’on a vécu une catastrophe comme celle-ci, on ne s’en relève jamais vraiment ?
Non, je pense qu’on est marqués d’une façon définitive. Alors, plus ou moins, quand, comme c’est mon cas, on la vit à 53 ans. Bon, après, la vie prend un cours différent, y compris pour la famille, pour l’environnement. Je pense qu’on voit la vie autrement.
Qu’est-ce qui change tant, finalement ? Il y a un avant, un après. Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?
On perd certaines illusions sur le soutien que l’on attendait de certains. La fermeture de l’usine a été pour nous un traumatisme au moins aussi important que l’expérience elle-même, dans la mesure où elle est accompagnée de mises en cause que nous n’avons jamais acceptées et dont nous subissons encore les conséquences.
Après les condamnations en justice, ce sont des décisions que vous n’avez pas acceptées, après 18 ans de parcours judiciaire et jusqu’à cette condamnation pour la filiale de Total qui était en charge de l’exploitation de l’usine et pour le directeur de l’époque : 18 mois de prison avec sursis et une lourde amende.
Nous n’acceptons pas, effectivement, les décisions de justice, dans la mesure où elles ne reposent sur aucune explication crédible. Et, par conséquent, comme nous l’avons été à l’association pendant de très nombreuses années, et certains le sont encore, ils sont à la recherche de la vérité sur ce qui s’est passé il y a 25 ans.
Plusieurs milliers de personnes ont été touchées au total, physiquement parfois. Des personnes souffrent encore aujourd’hui d’acouphènes, de graves problèmes auditifs surtout. Mais c’est aussi moralement qu’il a fallu faire énormément de travail. Qu’est-ce que vous savez aujourd’hui de l’état psychologique des victimes que vous avez accompagnées, et même de toutes les autres ?
Bon, nous avons surtout accompagné, en ce qui concerne l’association AZF-Mémoire et Solidarité, qui est une association d’anciens salariés, nos anciens collègues.
Il y a une différence entre les victimes, les anciens d’AZF, et les autres victimes civiles, et toutes les autres à Toulouse, et bien ailleurs d’ailleurs ?
Oui, on ne va pas se le cacher. Vingt-cinq ans après, la différence vient du fait que, pour certains, le seul but, c’était la fermeture de l’usine, et pour les salariés, c’était son maintien. Donc, partant de là, il y a eu des problèmes de compréhension qui demeurent. Et, par conséquent, si nous avons trouvé un certain soutien, très rare, chez certains sinistrés de l’extérieur, c’est surtout en interne que nous nous sommes retrouvés, ce qui a d’ailleurs favorisé un mouvement de solidarité entre ces anciens salariés qui persiste 25 ans après.
Elle existe encore, cette solidarité ? Vous serez nombreux ce lundi 21 septembre 2026 à 10 heures, devant le site de l’usine, pour cette première commémoration de la journée entre salariés et anciens salariés d’AZF.
Oui, la solidarité se maintient toujours. L’association est toujours bien vivante. Vingt-cinq ans après, nous en sommes peut-être parfois un peu surpris. Certes, elle regroupe surtout les plus anciens d’entre nous, les jeunes étant partis ailleurs chercher du travail, mais pour ceux qui sont restés sur le site, sur le site toulousain, il est évident qu’elle existe encore et qu’elle demeure très forte. On le verra d’ailleurs tout à l’heure, lorsque nous nous rassemblerons pour l’anniversaire, pour la commémoration de l’anniversaire de la catastrophe.
Beaucoup ont été indemnisés, d’autres non, parmi toutes les victimes qui ont pu faire face à l’explosion d’AZF. Est-ce que ça aussi, c’est une souffrance qui reste chez certains ?
Nous ne connaissons pas le problème. Je ne me prononcerai pas sur la façon dont les sinistrés à l’extérieur ont été indemnisés. En ce qui concerne les salariés, par contre, je dirais qu’ils ont été correctement pris en compte, leur problème a été réglé. En tant que syndicaliste, j’ai participé aux négociations de reclassement, ou de reclassement d’une façon générale, des anciens salariés. Je dois dire que les choses se sont bien passées.
L’unique cérémonie de commémoration commence à 10h ce lundi matin devant l’usine, devant le monument des salariés, à 10 h 17 ensuite pour la cérémonie avec Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, devant le mémorial.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555

















