La deeptech toulousaine spécialisée dans les services en orbite vient d’inaugurer, début septembre, sa première usine d’assemblage de satellites dans le quartier de Montaudran. Un investissement de 7 millions d’euros qui marque un tournant décisif pour la start-up du New Space, désormais en mesure de produire plusieurs engins simultanément, avec une première salve de trois satellites attendue en orbite dès 2027.
Un site de 1 000 m² opérationnel en six mois
C’est dans le quartier Aerospace de Montaudran qu’Infinite Orbits a posé les fondations de sa montée en puissance industrielle. Le site, dont la superficie totale atteint 1 000 m², a été conçu, aménagé et mis en service en seulement six mois, un délai qui illustre la vitesse d’exécution que la start-up revendique comme une marque de fabrique.
Au cœur de ce bâtiment, près de 500 m² de salles blanches sont dédiées aux opérations d’assemblage, d’intégration et de tests, ce qu’on appelle dans le milieu la chaîne AIT. La capacité est de six satellites en production simultanée, avec des cycles qui varient de deux à six mois selon les modèles. Le premier engin à franchir les portes de ce nouveau site est Orbit Guard 3, dont l’intégration a débuté ce mois de septembre.
Deux satellites, deux missions complémentaires
Infinite Orbits a structuré son offre autour de deux produits bien distincts, qui répondent chacun à une logique différente de l’intervention en orbite géostationnaire. Orbit Guard est le satellite d’inspection, celui qui permet de s’approcher d’un autre engin spatial pour l’observer, en embarquant la charge utile que le client choisit. C’est une technologie particulièrement prisée par les acteurs de la défense, puisque l’espace est devenu un terrain stratégique à surveiller. La Direction générale de l’armement a d’ailleurs commandé un quatrième exemplaire, baptisé Paladin, dans le cadre de l’accord-cadre PALADIN destiné à surveiller l’orbite géostationnaire.
Endurance, l’autre produit phare de la gamme, répond à un enjeu différent et tout aussi critique : prolonger la durée de vie de satellites de télécommunications en fin de carburant. Le véhicule, qui pèse 750 kg, s’approche de manière autonome à quelques mètres de sa cible avant de s’y amarrer à l’aide d’une pince. Une manœuvre d’une précision extrême, réalisée à 36 000 km d’altitude. L’opérateur luxembourgeois SES a signé pour une première mission commerciale, avec un lancement prévu fin 2027 qui permettra d’allonger de cinq ans la durée d’exploitation du satellite client.
Un carnet de commandes de plus de 150 millions d’euros
La force de la deeptech toulousaine, c’est sa capacité à convertir une technologie de rupture en contrats solides. Son carnet de commandes dépasse les 150 millions d’euros, alimenté par des clients institutionnels et des opérateurs privés de premier rang : la DGA, SES, l’opérateur azerbaïdjanais AzerCosmos. À cela s’ajoute un accord de lancements multiples signé avec la société américaine Impulse Space, qui permettra d’acheminer plusieurs satellites Infinite Orbits en orbite géostationnaire à partir de 2027 via son programme de covoiturage spatial Caravan.
Pour produire en série, la start-up s’appuie sur une supply chain répartie dans 17 pays, qui fournit une quarantaine de sous-systèmes distincts. Adel Haddoud, PDG d’Infinite Orbits, n’écarte pas des opérations de rachat pour sécuriser cette chaîne, à l’image des acquisitions déjà réalisées avec LMO au Luxembourg et Lunasa au Royaume-Uni.
Une nouvelle levée de fonds attendue avant la fin de l’année
Avec un chiffre d’affaires attendu proche de 40 millions d’euros en 2026 et plus de 200 collaborateurs dans le monde, Infinite Orbits entre dans une phase de croissance qui nécessite des ressources supplémentaires. Après 12 millions d’euros levés en 2023 et 40 millions fin 2025, la start-up prépare une nouvelle levée de fonds pour la fin d’année, dont le montant devrait avoisiner le double de la précédente, soit environ 80 millions d’euros.
L’entreprise prévoit par ailleurs d’ouvrir un bureau en Espagne, après celui déjà opérationnel en Allemagne. Pour Toulouse, capitale européenne du spatial, l’inauguration de cette usine confirme que la ville rose n’est pas qu’un siège social pour ses champions du New Space : elle est désormais le lieu où leurs satellites prennent forme avant de s’envoler vers les étoiles.










