À Melles, petit village du Comminges de 97 habitants, la campagne municipale a pris une tournure inhabituelle. Dix-sept électeurs ont été convoqués devant le tribunal de Saint-Gaudens après une demande de radiation déposée par une liste candidate, provoquant remous et incompréhension dans la commune.
Les élections municipales arrivent à grands pas et dans la commune de Melles, en Haute-Garonne, elles sont loin d’être sereines. Pourtant, de l’avis général, dans ce petit village du Comminges qui compte officiellement 97 habitants, habituellement les scrutins se passent sans encombre. Cette année fait exception à la règle.
Et pour cause. Cette année, 17 des 160 inscrits sur les listes électorales de cette commune se sont retrouvés face au tribunal de Saint-Gaudens pour une raison bien insolite : une demande a été faite pour les radier. C’est Pascale Fourquet, candidate de la liste « Ensemble Melles 2026 », et ses colistiers qui sont à l’origine de cette sollicitation.
« Nous nous sommes présentés le 20 février au tribunal pour exercer notre droit à la radiation des électeurs inscrits ne remplissant plus les conditions requises en se référant à l’article L11 du code électoral ». Une décision que la tête de liste justifie par une volonté de garantir l’équité entre les résidents permanents et les autres usagers de la commune, des natifs du village partis faire leurs études ailleurs ou venant la moitié de l’année par exemple.
Le village au tribunal
Pour Alban Dubois, actuel maire et candidat à sa réélection, cette manœuvre est purement politique et fragilise la cohésion locale. A contrario, Pascale Fourquet se défend « de toute stratégie », affirmant que « cette procédure est courante dans de nombreuses municipalités ». L’édile actuel, qui souligne l’attachement viscéral des familles à Melles, déplore un climat de méfiance inédit : « Ce n’est pas une action anodine, cela ressemble à de la délation. L’ambiance a changé au village ». Un sentiment de division partagé par sa concurrente, qui note « des réactions contrastées parmi la population. Les concernés par notre action râlent et d’autres ouvrent les yeux ».
La situation s’est finalement dénouée le 20 février au tribunal de Saint-Gaudens. « Il a fallu tout préparer dans l’urgence », explique l’édile. « Nous n’avons été informés en mairie que trois jours avant l’audience ». Garante de la régularité des listes, l’équipe municipale a dû produire les justificatifs de propriété et les livrets de famille pour confirmer le droit de vote des personnes visées.
« D’autres Mellois sont dans une situation semblable à la mienne et pourtant ils n’ont pas été embêtés »
Touchée par la situation, Nathalie Desplan, l’une des habitantes dans le collimateur, a dû se présenter à l’audience. « J’ai reçu une convocation, il y avait des rumeurs sur cette démarche, mais je ne m’y attendais pas ». Une fois le choc passé, c’est l’incompréhension qui a envahi la Melloise : « Elle me connaît pourtant. Je sais que j’ai des attaches en Espagne mais je suis tout de même Melloise, et surtout je suis investie dans la vie du village ».
Mais ce qui interroge l’habitante, c’est surtout les choix : « D’autres Mellois sont dans une situation semblable à la mienne et pourtant ils n’ont pas été embêtés ».
Finalement, le tribunal a décidé de ne pas suivre la demande de l’opposante et de conserver ces 17 électeurs sur les listes.
Si Nathalie déplore la situation, sa volonté de voter dans le village de son enfance reste inchangée : « Mes grands-parents sont du village, mes parents aussi, j’ai grandi dans les rues de Melles, cela fait 15 ans que j’y vote et je serai au rendez-vous en mars ». Malgré la fermeté de sa démarche, Pascale Fourquet concède une erreur de ciblage : « Nous reconnaissons que deux personnes n’auraient pas dû être devant le tribunal et nous nous en excusons. Avec le recul, nous aurions dû demander fermement au maire sortant, les justificatifs ».
Un imbroglio judiciaire qui s’est poursuivi sur les réseaux sociaux, avec une publication sur Facebook du maire actuel sur la situation et qui se félicite « d’un tribunal ayant sauvé la démocratie ». La liste adverse, elle, a le sentiment : « d’être accusée de bafouer la Démocratie. Pourtant, demander l’application d’un droit prévu par le code électoral n’est pas une atteinte à celle-ci ». Une agitation politique à quelques jours des élections municipales qui n’a pas fini de faire réagir ce petit village.























