Sur le papier, la gauche pouvait l’emporter. Dans les urnes, elle a reculé. À Toulouse, Jean-Luc Moudenc s’impose largement avec 53,87 % des voix face à une gauche pourtant unie. Participation en hausse, reports imparfaits et fractures politiques : décryptage d’un scrutin où tout ne s’est pas joué comme prévu.
Au premier tour, le scénario paraissait pourtant ouvert. Jean-Luc Moudenc arrivait en tête avec 58 462 voix (37,23 %), devant François Piquemal (43 274 voix, 27,56 %) et François Briançon (39 245 voix, 24,99 %). Sur le papier, l’union de la gauche entre les deux tours pouvait laisser espérer une bascule. En cumulant les scores de François Piquemal et François Briançon, la gauche totalisait 82 519 voix, soit une majorité théorique.
Pour David Gouard, maître de conférences à l’université Toulouse-Jean Jaurès, l’enjeu dépassait largement Toulouse. La ville « aurait été un magnifique trophée (…) à la perspective de l’élection présidentielle », explique le politologue, « pour donner de la visibilité » à La France insoumise. Il rappelle aussi qu’« en regardant les résultats et en les analysant de manière strictement arithmétique, on pouvait penser (…) que la gauche pouvait éventuellement l’emporter ». Mais cette projection ne s’est pas vérifiée dans les urnes.
Une participation en hausse… mais un avantage pour Moudenc
Entre les deux tours, la participation a nettement progressé, passant de 56,50 % (158 977 votants) à 62,47 % (175 998 votants). Un regain lié à un scrutin perçu comme ouvert. « Je pense que ça a mobilisé dans les deux camps », observe David Gouard.« Et (…) il se trouve qu’en fait, ça s’est surtout mobilisé dans le camp plutôt favorable à Jean-Luc Moudenc. », détaille le co-auteur de “Les élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024 en Occitanie” publié dans la revue Pôle Sud.
Les chiffres confirment cette dynamique. Jean-Luc Moudenc passe de 58 462 voix au premier tour à 92 152 voix au second, soit une progression de 33 690 voix. « Si on regarde les suffrages exprimés en sa faveur, il progresse de manière extrêmement forte », souligne le politologue. Une hausse massive qui lui permet de creuser nettement l’écart.
« Ils perdent environ 3 500 voix » : un report qui n’a pas fonctionné
Mais c’est surtout du côté de la gauche que le scrutin s’est joué. Malgré l’union entre les deux tours, la dynamique attendue ne s’est pas concrétisée. François Piquemal totalise 78 925 voix au second tour, un score inférieur à la somme théorique des forces de gauche au premier tour. « Ce qui est intéressant, c’est qu’il perd environ 3 500 voix », résume David Gouard. Un ordre de grandeur qui correspond à la dynamique observée entre les deux tours : entre les 82 519 voix potentielles du premier tour et les 78 925 voix obtenues au second, la gauche en perd précisément 3 594.
Cette difficulté de report de voix n’est pas anodine. « Une partie relativement considérable des électeurs qui s’étaient prononcés en faveur de François Briançon, n’a pas voté en faveur de cette liste d’union », analyse le politologue. L’union n’a donc pas permis de conserver l’ensemble du socle électoral de gauche. Une partie des électeurs socialistes ne s’est pas retrouvée dans cette alliance. Dans les faits, cela s’est traduit par plusieurs comportements : abstention, vote blanc ou report vers Jean-Luc Moudenc.
Une victoire nette, construite sur plusieurs leviers
À l’inverse, Jean-Luc Moudenc a réussi à dépasser largement sa base du premier tour. Son positionnement, construit depuis plusieurs scrutins, a pleinement joué : une coalition large dès le premier tour, puis une capacité à élargir au second. « C’est un modèle classique, mais efficace », résume David Gouard. Au final, l’écart est significatif : 13 227 voix séparent les deux candidats. « Finalement, cela permet au maire sortant d’avoir une victoire très nette », synthétise le maître de conférences.
Cette séquence est riche d’enseignements, au-delà de la Ville rose. Pour David Gouard, elle éclaire aussi le rapport de force à gauche, en Occitanie comme au niveau national. « Au bout du compte, c’est surtout le Parti socialiste qui s’est affaibli », estime-t-il. De son point de vue, le PS était « un peu tenu localement » d’accepter ce type d’alliance « par rationalité électorale », sans pour autant en tirer un bénéfice politique clair. Et de conclure qu’autour de Toulouse, « quelques villes ont été perdues souvent au profit de listes centristes », signe, selon lui, « d’une forme d’érosion » des élus de gauche dans l’agglomération.













