Derrière la gare Matabiau, la future Halle des mobilités entre dans une phase décisive. Conçue par l’agence danoise de renommée mondiale Bjarke Ingels Group, cette infrastructure de 12 400 m² va remodeler en profondeur l’un des nœuds névralgiques de Toulouse. Les appels d’offres sont lancés, le chantier démarre cet été.
C’est une transformation qui se prépare depuis des années, mais qui prend désormais une tournure très concrète. La future Halle des mobilités de Toulouse-Matabiau, pièce maîtresse du grand projet urbain Grand Matabiau Quais d’Oc, a obtenu son permis de construire en octobre 2025. Les marchés de travaux ont été attribués en tout début d’année 2026, et le coup de pioche est attendu à l’été 2026 pour une livraison prévue fin 2028.
Un projet hors norme signé BIG
Pour imaginer ce futur équipement, c’est un groupement d’exception qui a été retenu à l’issue d’un concours d’architecture : l’agence Bjarke Ingels Group (BIG), dirigée par l’architecte danois Bjarke Ingels, associée au cabinet montpelliérain A+ Architecture. Un projet co-construit avec plus de 800 citoyens associés à la démarche de concertation, une méthode participative inédite à cette échelle.
Le futur bâtiment s’implantera côté Marengo, face à la médiathèque José Cabanis, à l’emplacement de l’ancienne Tour d’argent, qui sera démolie. Son architecture audacieuse s’inspire de la forme du Concorde, avion symbole du génie aéronautique toulousain, et misera sur les matériaux biosourcés, la construction bois, une toiture en tuiles photovoltaïques, ainsi que la végétalisation. Un clin d’œil assumé à l’identité de la Ville rose, capitale mondiale de l’aéronautique.
Un hub pour 150 000 voyageurs par jour
Dimensionné pour répondre au triplement de la fréquentation de la gare Matabiau à l’horizon 2032, le bâtiment de 12 400 m² sera bien plus qu’un simple espace de transit. Il accueillera une halle des mobilités connectant directement la gare historique aux stations de métro A et C et à la gare routière Marengo, une vélostation sécurisée de 1 000 places, la Maison de l’Orientation de la Région Occitanie, des bureaux, des surfaces commerciales et des services aux voyageurs.
La vélostation devrait être livrée en avance, fin 2027, avant l’achèvement du hall principal prévu pour mi-2028, juste avant l’inauguration commerciale de la future ligne C du métro. À terme, ce hub devra fluidifier les déplacements de 150 000 personnes par jour, contre environ 50 000 aujourd’hui.
114 millions d’euros, une première en France
L’enveloppe totale du projet s’élève à 114 millions d’euros, dont 106 millions apportés par la Région Occitanie, soit 93% du financement. Toulouse Métropole contribue à hauteur de 6%, l’État complétant avec une subvention dans le cadre de l’appel à projets national sur les pôles d’échanges multimodaux. Il s’agit d’une première en France : aucune région n’avait encore financé et construit un équipement de ce type en lien direct avec une gare nationale.
Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, avait salué l’obtention du permis de construire en ces termes : c’est selon elle une porte d’entrée sur la troisième ville de France et sur l’Occitanie.
Le maillon d’un avenir ferroviaire structurant
La Halle des mobilités ne s’inscrit pas dans le vide. Elle est pensée comme le trait d’union entre plusieurs révolutions de transport qui se dessinent sur Toulouse d’ici la fin de la décennie. La ligne C du métro, reliant à terme Colomiers à Labège sur 27 kilomètres, sera mise en service en 2028 au même moment. Le Service Express Régional Métropolitain (SERM) et surtout la LGV Toulouse-Bordeaux, dont l’arrivée est attendue pour 2032, viendront amplifier les flux de voyageurs de façon massive.
C’est précisément pour anticiper cette montée en charge que la Région et Toulouse Métropole ont décidé d’agir maintenant, en construisant dès aujourd’hui l’infrastructure capable d’absorber le trafic de demain.
Des inquiétudes de riverains
La concertation publique menée au printemps 2025 autour du dossier de permis de construire a permis de faire remonter plusieurs préoccupations du côté des habitants du quartier. Les nuisances liées au chantier, notamment les convois de béton, ont été pointées. Des associations de riverains ont également exprimé des craintes quant aux effets de l’opération sur les loyers commerciaux et résidentiels aux abords de la gare après livraison. Plusieurs voix ont par ailleurs réclamé que les 1 200 m² de surfaces commerciales prévus en rez-de-chaussée soient en partie réservés à des commerçants indépendants, plutôt qu’occupés en majorité par des enseignes nationales.
Des questions qui restent ouvertes alors que le lancement du chantier approche, et que Matabiau s’apprête à vivre plusieurs années de travaux intenses avant de se révéler comme la grande porte d’entrée d’une métropole en pleine mutation.












