Une centaine de maires, députés et sénateurs demandent l’abandon du projet de LGV Bordeaux-Toulouse. Parmi eux, plusieurs élus du Lot-et-Garonne dénoncent un chantier dont le coût pourrait approcher les 30 milliards d’euros et estiment que l’argent public devrait être consacré à la modernisation du réseau existant.
Le débat autour de la LGV Bordeaux-Toulouse est loin d’être terminé. Dans une tribune collective, une centaine d’élus locaux et nationaux réclament désormais l’abandon pur et simple du Grand Projet du Sud-Ouest (GPSO). Parmi les signataires figurent plusieurs maires du Lot-et-Garonne, mais aussi des parlementaires de Haute-Garonne, de Gironde et des Pyrénées-Atlantiques. Tous s’appuient sur les récentes conclusions du Conseil d’orientation des infrastructures (COI), qui a réévalué le projet au printemps.
Un coût qui pourrait presque doubler
Premier argument avancé par les opposants : la facture. Alors que le coût du projet était initialement évalué autour de 14 milliards d’euros, les dernières estimations citées par les élus évoquent désormais un montant de 20,4 milliards d’euros en financement public et jusqu’à 27,6 milliards d’euros dans certaines hypothèses de financement.
« Pourquoi s’entêter à dépenser des milliards ? », interrogent les signataires de la tribune. Selon eux, l’augmentation du coût du chantier intervient dans un contexte où les collectivités locales sont déjà confrontées à des contraintes budgétaires importantes.
Des élus du Lot-et-Garonne en première ligne contre la LGV
Plusieurs maires lot-et-garonnais figurent parmi les signataires. C’est notamment le cas de Julie Castillo, maire de Casteljaloux, Dominique Oliveira, maire de Boussès, Florian Patacconi, maire de Poussignac, Marjorie Lassus, maire de Guérin, Laurent Girard, maire de Pindères, Bernard Tavernier, maire de Fargues-sur-Ourbise, Jean-Pierre Adam, maire de Pompogne ou encore Raymond Girardi, maire d’Argenton.
Pour ces élus, le projet risque de mobiliser des financements considérables sans apporter de bénéfices directs à de nombreux territoires traversés. Ils estiment que les investissements devraient d’abord être dirigés vers les infrastructures existantes et les transports du quotidien.
La branche vers Dax particulièrement critiquée
Les conclusions du Conseil d’orientation des infrastructures ont également ravivé les critiques concernant la branche Bordeaux-Dax. Les auteurs de la tribune estiment que cette partie du projet présente une utilité limitée.
Selon eux, la modernisation de la ligne actuelle permettrait déjà d’améliorer les performances ferroviaires sans construire une nouvelle infrastructure. Ils rappellent que le COI recommande de poursuivre les efforts de rénovation de la ligne classique Bordeaux-Hendaye plutôt que de privilégier une nouvelle ligne à grande vitesse.
Un gain de temps jugé insuffisant
Les opposants remettent également en cause l’intérêt concret du projet pour les voyageurs. Ils soulignent que les gains de temps annoncés seraient parfois modestes au regard des investissements engagés.
Concernant la liaison Bordeaux-Dax, ils estiment que la différence entre une ligne modernisée et une ligne nouvelle resterait limitée dans les conditions réelles d’exploitation. Pour eux, l’amélioration du réseau existant permettrait déjà d’obtenir des résultats significatifs à moindre coût.
Des critiques sur l’impact environnemental
L’environnement constitue l’autre grand sujet de contestation. Les élus signataires dénoncent la destruction annoncée de plusieurs milliers d’hectares d’espaces naturels et agricoles. Ils pointent notamment les conséquences potentielles pour certains secteurs naturels sensibles du Sud-Ouest.
Selon eux, le projet est en contradiction avec les objectifs affichés de préservation de la biodiversité et de limitation de l’artificialisation des sols.
Moderniser plutôt que construire
Les signataires ne remettent pas en cause le développement du ferroviaire. Au contraire. Ils considèrent que le train doit jouer un rôle central dans les mobilités de demain, mais défendent une autre stratégie.
Leur proposition repose sur plusieurs axes : moderniser la ligne Bordeaux-Toulouse existante, poursuivre les travaux engagés sur la liaison Bordeaux-Dax, renforcer les trains du quotidien et investir davantage dans la régénération du réseau actuel. Ils demandent également l’arrêt du projet GPSO et la réorientation des financements vers des infrastructures jugées plus utiles aux habitants.
Une bataille politique loin d’être terminée
Malgré cette nouvelle offensive, le projet de LGV Bordeaux-Toulouse poursuit son parcours administratif. Ses défenseurs continuent de mettre en avant les bénéfices attendus pour l’attractivité économique, le développement ferroviaire et la réduction des temps de trajet entre les grandes métropoles du Sud-Ouest.
Mais avec le soutien affiché d’une centaine d’élus, dont plusieurs maires du Lot-et-Garonne, les opposants espèrent désormais peser davantage dans le débat. Une chose est sûre : à mesure que le coût du projet augmente, la bataille autour de la LGV Bordeaux-Toulouse s’annonce plus intense que jamais.












