À Colomiers, derrière les tentes du Hameau, la vie s’organise dans le silence. Pourtant, la future station Fontaine-Lumineuse de la ligne C du métro toulousain menace d’engloutir ce refuge pour sans-abri. L’association cherche désespérément une terre d’accueil. Que deviendront les habitants de ce village atypique ? La Dépêche vous raconte cette histoire.
Depuis son lit, Fernando peut entendre les oiseaux. À l’arrière de sa tente, son « cocon », véritable chambre d’adolescent où il a stocké sa collection de Marvel, ses maquettes et une partie de ses outils, il s’est aménagé un coin jardin avec une table et des chaises. Les arbres et les gazouillis font oublier l’environnement urbanisé du terrain, bordé par les usines Airbus, un garage automobile et le parking d’un fast-food. Son voisin de droite, Antonio, a planté dans son espace un parterre de fleurs et quelques pieds de tomates. Les deux hommes sont des habitants historiques du Hameau, l’un des quatre « lieux à vivre » du Groupe Amitié Solidarité, le GAF, né à Toulouse en janvier 1993.

Cette association, qui vient en aide aux personnes sans domicile fixe, aussi à travers un chantier d’insertion, un accueil de jour et des maraudes, se distingue par son modèle de gouvernance : 70 % de ses membres et une partie de son équipe salariée sont des personnes issues de la rue. Unique en France, le Hameau a démarré en 2019 avec des tentes de 12 m². « On ne tenait pas debout à l’intérieur », se souvient Fernando, son chien aveugle baptisé Roméo, croisé de pinscher et de jack russell, sur les genoux. Ce « village » de huit habitants, accompagnés au quotidien par une équipe pluridisciplinaire du GAF, s’organise aujourd’hui autour de grandes tentes individuelles de 20 m², d’une cuisine collective et de sanitaires communs aménagés dans un Algeco fourni par la mairie de Toulouse.
« Casser le cercle vicieux »
« Se faire à manger, laver son linge, se sentir en sécurité, on retrouve une vie normalisée. La rue, c’est beaucoup de fatigue et de stress », témoigne Guillaume, 39 ans, arrivé « à la rue » après une rupture. Hébergé au Hameau depuis 2024 avec son chien Pixel, il vient de retrouver Mickaël, originaire de Corrèze, qui a squatté des chantiers durant quatre ans, troquant ses services de gardiennage contre un abri avec eau et électricité. « Se poser ici permet de casser un cercle vicieux, de se tenir loin de ceux qui ont toujours quelque chose à nous proposer. Les gens croient qu’on a voulu vivre dans la rue mais non, on ne l’a pas choisi », explique à voix basse le trentenaire.

Lieu de vie, lieu refuge, lieu de passage, le Hameau s’inquiète pour son avenir. Installé à l’origine sur un terrain voisin appartenant à la Ville de Toulouse, le village a dû déménager début 2023 à l’entrée de Colomiers. Mais le terrain prêté par la commune se destine à devenir un parking pour la future station Fontaine-Lumineuse de la ligne C du métro. L’association doit trouver un nouvel emplacement où dresser ses tentes et poursuivre ce dispositif qui a déjà permis à une quinzaine de personnes d’accéder à un appartement autonome ou de rejoindre une structure adaptée. « Nous recherchons un terrain de 800 à 1 500 m², à Toulouse ou Colomiers, pour conserver les repères des habitants. Notre trésorerie ne nous permet pas d’acheter au prix du marché ; nous étudions toutes les possibilités, en location-accession, bail emphytéotique ou mise à disposition », explique Charlotte Sultana, coordonnatrice du GAF.

La mairie de Toulouse, qui soutient le Hameau et l’accueil de jour de l’association à hauteur de 48 000 € par an, recherche aussi de son côté. « Ce dispositif répond à un réel besoin pour des personnes très isolées et en situation de grande précarité, souligne Maroua Bouzaida, adjointe en charge des solidarités. Nous nous donnons jusqu’à début 2027 pour trouver une solution pérenne. »











