Le 4 juin, les élus de la Région Occitanie ont adopté en assemblée plénière le plan “Occitanie Résiliente Énergie” : 570 millions d’euros engagés sur cinq ans, 25 mesures concrètes, une ambition clairement affichée. Réduire la dépendance aux énergies fossiles, produire local, protéger les habitants des soubresauts des marchés mondiaux. Mais pourquoi un tel investissement, et pourquoi maintenant ?
Un contexte qui ne laissait plus d’autre choix
L’Occitanie n’a pas lancé ce plan dans un moment de prospérité tranquille. Les tensions géopolitiques persistent, les prix de l’énergie restent volatils, et les effets du changement climatique s’accélèrent, avec une région particulièrement exposée aux canicules, sécheresses et inondations. À cela s’ajoute un constat interne : l’observatoire régional lui-même jugeait la trajectoire encore en retard sur les objectifs 2030.
Pourtant, l’Occitanie est loin d’être à la traîne à l’échelle nationale. La production d’énergies renouvelables a progressé de 27 % depuis 2015, contre 16 % au niveau national. La région s’est déjà positionnée au 2e rang national pour le solaire photovoltaïque, avec 5,1 GW installés fin 2025. C’est précisément parce que la dynamique existe que la présidente Carole Delga a choisi d’accélérer plutôt que de consolider.
Solaire, éolien flottant, géothermie : les filières au cœur du plan
La stratégie ne mise pas sur une seule technologie. C’est l’un de ses points forts : elle diversifie les sources de production locale pour ne plus dépendre d’un seul levier.
Sur le solaire, l’objectif est de plus que doubler la capacité installée, de 5,1 GW aujourd’hui à 13 GW en 2035, en se concentrant sur les surfaces déjà artificialisées, à savoir toitures, parkings, friches industrielles. Une usine de recyclage de panneaux photovoltaïques en fin de vie doit également ouvrir à Lézat-sur-Lèze, en Ariège, d’ici fin 2027, avec une capacité de traitement de 10 000 tonnes par an.
L’éolien flottant représente le pari industriel le plus ambitieux. Depuis 2019, près de 600 millions d’euros ont déjà été injectés dans le hub de Port-la-Nouvelle, dans l’Aude, voué à devenir le principal port méditerranéen dédié aux énergies marines renouvelables. Deux parcs commerciaux entreront en service en 2032 et 2034, pour une puissance équivalente à trois réacteurs nucléaires et 3 000 emplois directs attendus à terme.
Moins médiatique, la géothermie fait son entrée dans la stratégie régionale avec un fonds dédié de 10 millions d’euros. Cible fixée : une production équivalente à la consommation de 200 000 ménages d’ici 2035. C’est l’une des rares filières où l’Occitanie reste encore sous-exploitée malgré un potentiel géologique réel.
Logement, transports, industrie : le quotidien aussi est concerné
L’indépendance énergétique ne se joue pas seulement dans les champs d’éoliennes ou les panneaux solaires. Elle se construit aussi dans les appartements mal isolés, les trajets quotidiens, les ateliers de PME.
Sur le logement, la Région mobilise 70 millions d’euros pour accélérer la rénovation du parc social, avec un objectif de bénéficier à 50 000 habitants d’ici 2034. Le dispositif Rénov’Occitanie Copropriétés accompagnera par ailleurs 500 copropriétés d’ici 2030, avec une exigence minimale de 35 % d’économies d’énergie pour être éligible aux aides. Les lycées régionaux ne sont pas oubliés : 240 millions d’euros sont prévus pour améliorer leur efficacité énergétique, avec remplacement progressif des chaufferies au gaz par des solutions biomasse ou géothermiques.
Côté mobilité, la Région lance dès l’été 2026 un nouvel écochèque de 1 600 euros pour permettre aux ménages modestes d’acquérir une voiture électrique d’occasion. Près de 60 % de la population régionale sera éligible à ce dispositif, doté d’une enveloppe de 8 millions d’euros. Le ferroviaire suit la même logique : 18 nouvelles rames à deux niveaux ont été commandées pour absorber la hausse de fréquentation des trains liO, qui a bondi de 68 % entre 2018 et 2024. Les premières livraisons sont attendues à l’automne 2026.
Pour les entreprises, un fonds de 100 millions d’euros soutiendra l’électrification de l’outil de production des PME, tandis que 70 sites industriels parmi les plus émetteurs, dont les cimenteries, seront accompagnés dans leur décarbonation.
La formation, talon d’Achille à transformer en atout
Toutes les filières du plan ont en commun un besoin massif de main-d’œuvre qualifiée, qui n’existe pas encore en nombre suffisant. La Région en a conscience et en fait un axe à part entière. 15 000 demandeurs d’emploi seront formés aux métiers de la transition énergétique d’ici 2030, via le Plan régional de formation.
L’hydrogène vert illustre déjà que la dynamique peut fonctionner : lancé en 2019 avec une enveloppe de 150 millions d’euros jusqu’en 2030, ce plan a permis la création de 1 900 emplois en Occitanie. La Région prévoit d’aller plus loin avec une offre de location longue durée de véhicules à hydrogène pour les professionnels, avec 30 premiers véhicules déployés dès 2027 dans l’agglomération toulousaine.
Carole Delga a néanmoins été claire lors de la présentation du rapport : sans cadre réglementaire stable de la part de l’État et de l’Union européenne, les investissements de long terme restent fragiles. La Région agit, mais elle ne peut pas tout porter seule.
Une ambition qui dépasse le seul enjeu climatique
Ce plan ne se résume pas à une question d’émissions de CO2. Il est aussi une réponse économique : sécuriser l’approvisionnement énergétique du territoire, réduire la dépendance aux marchés mondiaux, créer des emplois locaux non délocalisables. Pour une région qui se fixe l’objectif de devenir le premier territoire européen à énergie positive d’ici 2050, les 570 millions engagés aujourd’hui constituent moins un coût qu’un pari sur l’avenir. Un pari dont les premiers retours concrets, pour les habitants, commenceront dès cet été.


















