Sébastien Clauzon, Toulousain, vient de décrocher deux médailles de bronze aux championnats d’Europe des transplantés en juin dernier. Pourtant, ce kiné de profession et grand sportif revient de loin. Atteint d’un cancer du côlon diagnostiqué en 2023, il a subi huit mois de chimiothérapie, ainsi que plusieurs chirurgies, et même un épisode de coma. C’est une greffe de foie qui l’a sauvé. Un parcours hors norme, qui rappelle que le don d’organes peut offrir une seconde vie, et qui illustre la force du sport face à la maladie. On vous raconte son histoire.
Des parcours de personnes qui ont souffert d’un cancer, il en existe malheureusement des centaines. Certains forcent le respect par des exploits qui transcendent la maladie. Aux championnats d’Europe des transplantés, en juin dernier, le Toulousain Sébastien Clauzon a décroché deux médailles de bronze : l’une sur le 100 mètres nage libre (40-49 ans), l’autre en tennis simple (40-59 ans).
Pourtant, il y a trois ans, ce kiné de formation était loin d’imaginer le tournant que prendrait sa vie. À 41 ans, il mène un quotidien classique, entouré d’une famille épanouie, avec ses deux filles et sa femme, et occupé par une activité professionnelle bien remplie, dans un cabinet de la Côte Pavée. « Je crois que j’ai toujours vécu à fond les ballons, peut-être justement en surrégime », confie-t-il. Élevé par des parents très sportifs, il pratique de nombreuses disciplines, surtout du rugby au TUC, mais aussi du foot, du volley, du tennis…
Le coup de massue
À l’été 2023, ils partent en voyage à quatre, pendant trois semaines, à Tahiti. « Je crois qu’à ce moment-là, mon corps s’est relâché », se souvient-il. En rentrant, une gêne intestinale lui fait consulter un médecin et, après une série d’examens, le couperet tombe : il est atteint d’un cancer du côlon, et son foie est très abîmé. « J’ai reçu un coup de massue, comme si le ciel me tombait sur la tête. J’ai fait face à un sentiment d’injustice et d’incompréhension totale. Et surtout, ça m’a directement renvoyé à la mort, alors qu’on ne s’imagine jamais vivre avec une date de fin… »
Très vite, il passe à l’action et commence une chimiothérapie. Sébastien réagit plutôt bien et en quelques mois, il devient opérable. « J’étais dans l’envie d’en découdre et de combattre, grâce au sport, grâce à mes filles… » Il subit malgré tout des désagréments physiques dus aux effets secondaires : des brûlures de la peau et beaucoup de fatigue.
Ses deux premières chirurgies se passent bien et, fin 2024, il doit subir la troisième. « Dans ma tête, j’étais dans la dernière ligne droite, j’allais reprendre le travail juste après. » Mais tout ne se passe pas comme prévu : son foie réagit très mal, il enchaîne les complications, dont une dilatation de l’estomac. Son état de santé se dégrade tellement qu’il tombe dans le coma.
Mais sa famille ne l’a jamais lâché. Sa femme crée une boucle WhatsApp avec des centaines de connaissances : voisins, amis, patients… Chacun lui transmet des messages, qu’elle lui fait écouter alors qu’il est encore inconscient. « Je ne suis pas particulièrement croyant ou superstitieux, mais je pense que ça m’a aidé », avoue Sébastien.
Tout réapprendre
Il passe en priorité sur la liste des demandes de greffe et reçoit une transplantation quelques jours après. À son réveil, c’est à nouveau le choc. Il ne peut plus parler, sa voix ayant été grandement abîmée par une sonde nasogastrique, ni bouger, suite à une tétraparésie de réanimation. « C’était très angoissant. »
Mais à nouveau, il réussit à remonter la pente et à tout réapprendre au cours d’une longue rééducation. « J’avais l’impression d’avoir un Everest à gravir. J’avais perdu 30 kilos en un mois, je n’avais plus aucun muscle. Mais on récupère chaque jour, petit à petit. » Il parvient à rentrer chez lui en avril 2025, à temps pour l’anniversaire de l’une de ses filles.
Puis moins d’un an après, en mars 2026, il peut enfin reprendre le sport. « C’est ce qui m’a sauvé la peau, je n’ai jamais lâché. Entre les chimios ou les opérations, j’allais toujours faire des activités, nager, marcher… » Alors, dès que le feu vert lui est donné, il rebondit immédiatement et organise un tournoi de rugby en avril.
Puis fin juin, il porte le maillot de la France aux championnats d’Europe des transplantés à Arnhem, aux Pays-Bas. « C’était fou, un vrai rêve de gosse, j’avais l’impression d’être aux Jeux olympiques », sourit le Toulousain. 700 participants s’y sont affrontés, représentant 24 nationalités.
Une manière pour Sébastien de sensibiliser le grand public à l’importance du don d’organes, tout en rendant hommage à son donneur, « son héros ». L’occasion aussi de remercier l’ensemble de ses proches et l’équipe du troisième étage du CHU de Rangueil qui l’a soigné.
Quand il évoque son parcours, c’est encore avec beaucoup d’émotion. « J’ai beaucoup ramassé, raconte-t-il les larmes aux yeux. C’est dur pour un soignant d’affronter la maladie, de passer de l’autre côté. Avant, j’étais toujours dans le temps d’après. Mon histoire m’a appris à me concentrer sur le présent. »
En quelques dates
1982 : naissance à Narbonne
Octobre 2023 : diagnostic du cancer, puis chimiothérapie
Décembre 2024 : troisième opération du foie
Janvier 2025 : coma, puis transplantation
Mars 2026 : reprise du sport
Juin 2026 : championnats d’Europe des transplantés










