Le 8 juillet dernier, la base de loisirs du lac de Sesquières, au nord de Toulouse, a été fermée une journée en raison de la présence de cyanobactéries dues à la canicule. Si les autorités prenaient en compte plus en amont les données des capteurs installés dans une vingtaine de plans d’eau de Haute-Garonne, de telles crises pourraient peut-être être évitées et les activités de loisirs maintenues
C’est ce que plaide une équipe internationale de scientifiques dans une étude qu’ils viennent de publier. Ils ont déployé depuis deux ans des capteurs mesurant en continu la concentration en oxygène dissous dans d’anciennes gravières du sud de la Haute-Garonne pour observer leur dynamique et mesurer le pouls de ces écosystèmes. En l’occurrence, le lac de Sesquières n’en faisait pas partie.
L’étude menée par Chloé Vagnon, post-doctorante, et Julien Cucherousset, directeur de recherche au CNRS, du Centre de Recherche sur la Biodiversité et l’Environnement à Toulouse (CRBE – UT/CNRS/INP/IRD), en collaboration avec des scientifiques de l’Université de Washington 1 et de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER), a été publié début juin dans la revue Ecosystems.
L’objectif de ces capteurs est de comprendre le fonctionnement des lacs entre les communes de Plaisance-du-Touch, Martres-Tolosane, Cintegabelle et Carbonne pour mieux préserver ces écosystèmes et les enjeux socio-économiques associés. Souvent, les scientifiques procèdent à des prélèvements ponctuels tous les deux ou trois mois, ne permettant pas d’évaluer les changements fins, rapides ou cycliques, s’opérant dans les écosystèmes. Désormais les capteurs-enregistreurs mesurent en continu la concentration en oxygène dissous, indicateur clé de l’activité biologique et de la santé des milieux aquatiques.
« Comme une prise de sang chez un patient »
« Cela nous indique le métabolisme du lac pour ensuite étudier des paramètres plus fins si le lac ne va pas bien, comme une prise de sang chez un patient quand il y a un problème de pouls ou de rythme cardiaque, explique Julien Cucherousset. Cela nous a permis de mesurer différents niveaux de synchronisation entre plans d’eau. Si deux lacs sont côte à côte, ils ne vont pas nécessairement avoir la même synchronie ».
Ces analyses ont permis d’identifier des fonctionnements plus ou moins coordonnés entre plans d’eau, allant de systèmes très synchronisés entre eux (mêmes variations d’oxygène au même moment de l’année) à des lacs complètement déphasés entre eux (pics et chutes d’oxygène décalés). « L’intérêt de ces mesures, c’est de savoir précocement s’il y a un problème, comme une nouvelle espèce invasive qui pourrait impacter son fonctionnement ou la présence de cyanobactéries qui interdisent certaines activités de loisirs comme les sports nautiques et la baignade », détaille Julien Cucherousset.
« Pour les gestionnaires, assure-t-il, cela donne des éléments concrets et opérationnels. ». Un outil pour éviter les pertes économiques et la détérioration des écosystèmes. À terme, les scientifiques toulousains veulent développer des capteurs plus perfectionnés afin d’avoir des mesures en temps réel.









