Le silure, ce poisson géant qui peuple la Garonne, fascine autant qu’il inquiète. Records de taille, de poids et alimentation de ce prédateur : quel est le véritable impact du silure sur la biodiversité et les poissons migrateurs ? Entre défi pour la pêche sportive et consommation de sa chair, découvrez la vérité sur ce monstre des rivières.
Le silure est l’un des plus grands poissons d’Europe. Ce géant, dépassant souvent les deux mètres cinquante de longueur et les 100 kg, vit et profite pleinement de nos cours d’eau, comme la Garonne ou le canal du Midi. Si sa morphologie impressionnante en fait un véritable « monstre » des rivières sur Internet, il endosse également une mauvaise réputation à cause de son statut de prédateur.

Le silure et la Garonne, comme un poisson dans l’eau
« C’est un vrai opportuniste », explique Nicolas Poulet, chargé de mission recherche sur la biodiversité aquatique occidentale à l’OFB, l’Office français de la biodiversité. Parfois filmés en train de chasser des pigeons, les silures peuvent également manger de petits ragondins ou des canards. Ils restent cependant totalement inoffensifs pour l’homme et se nourrissent principalement de poissons et d’écrevisses, souligne l’expert.
Des populations naturelles existaient historiquement dans le nord-est de la France, mais il était absent du reste du pays, ainsi que de l’Espagne, du Portugal ou encore de l’Italie, explique-t-il. Son arrivée dans le Sud-Ouest est le fruit de l’introduction humaine. Au XIXe siècle, de premières tentatives d’introduction ont été tracées dans l’Est de la France, puis dans le bassin du Rhône au milieu du XXe siècle et enfin dans des étangs, probablement à des fins piscicoles. « Dans les années 1980-1990, l’élevage pour la consommation a été tenté, sans réel succès commercial. »
Plus récemment, ce sont les pêcheurs de loisir qui ont favorisé sa dispersion, séduits par la taille exceptionnelle de ce poisson. Véritable défi sportif, il offre des trophées impressionnants, les bêtes mesurent souvent plus de deux mètres, et certains records dépassent les 2,80 m pour plus de 120 kg. Aujourd’hui, l’espèce a quasiment colonisé tout ce qu’il y avait à coloniser, mais la situation tend à se stabiliser. « La phase exponentielle est aujourd’hui passée. Certaines populations ont même commencé à diminuer. »
Un impact sur la biodiversité
La principale problématique liée au silure concerne son impact sur la faune locale. « Il est le prédateur de certaines espèces de poissons migrateurs », souligne Nicolas Poulet.Dans la Garonne, axe de circulation majeur pour des espèces patrimoniales, c’est-à-dire l’ensemble des espèces protégées, menacées ou rares comme le saumon, l’alose ou la lamproie marine, le silure représente un prédateur inédit auquel ces poissons n’étaient pas confrontés auparavant. Néanmoins, il ne faut pas se tromper de coupable. « Si la population de ces espèces se portait bien, la situation ne serait pas aussi critique. » Les poissons migrateurs souffrent avant tout des barrages, de la destruction de leurs habitats, de la pollution et du réchauffement climatique. Le silure ne fait qu’ajouter une pression supplémentaire sur des populations déjà fragilisées, explique l’expert.
Une pêche encadrée
Face à ce constat, la réglementation a évolué. Depuis juin, le silure est considéré comme une « espèce susceptible de provoquer un déséquilibre biologique ». Dans deux bassins en France, notamment celui de la Garonne, il est désormais strictement interdit d’introduire l’espèce. Attention toutefois, il reste tout à fait autorisé de le relâcher immédiatement après l’avoir capturé dans les départements concernés, comme la Haute-Garonne.
Sur le plan culinaire, le silure possède des atouts, il n’a que très peu d’arêtes et présente une chair blanche qui permet de réaliser des pavés. Si son goût reste simple, sans être exceptionnel, sa valorisation commerciale existe dans certaines régions de France. Sa viande y est mise en avant sous forme de rillettes, de brochettes, et certains restaurants en ont même fait leur spécialité.
Mais pour M. Poulet, il faut rester vigilant. « S’agissant d’une espèce située en fin de chaîne alimentaire, vivant près du fond, il tend à accumuler dans sa chair les micropolluants comme les PCB. » C’est pourquoi sa consommation est globalement déconseillée pour les personnes à risque dans les zones polluées.















