Alors que les épisodes caniculaires se multiplient à Toulouse, certains habitants commencent à remettre en question leur mode de vie. C’est le cas d’Arnaud Zerdab, qui a quitté la Ville rose pour s’installer en Grèce. Cet ancien professionnel du bâtiment estime que la France accuse un retard dans l’adaptation au changement climatique, là où d’autres pays ont déjà profondément transformé leur quotidien face aux fortes chaleurs. Il revient sur les raisons de son départ et livre son regard sur l’avenir des villes confrontées à des étés toujours plus étouffants.
Quitter Toulouse pour échapper à la chaleur. Ce choix, encore inimaginable il y a quelques années, est devenu une réalité pour Arnaud Zerdab. Convaincu que les canicules vont continuer à s’intensifier et estimant que la France ne s’adapte pas suffisamment au changement climatique, cet ancien ouvrier du bâtiment a décidé de s’installer en Grèce. Un départ qu’il qualifie de véritable migration climatique, motivée non pas par la recherche d’un climat plus frais, mais par la volonté de vivre dans un pays qui, selon lui, a appris à composer avec les fortes chaleurs.
Un constat accablant
Pour Arnaud, tout commence en 2018. Cette année-là, il travaille comme ouvrier sur un chantier à Toulouse. « Ce n’était pourtant pas l’un des étés les plus chauds. Mais nous travaillions en plein soleil, sans aucune végétation autour, et il faisait régulièrement plus de 42 °C. C’était devenu courant », se souvient-il.
Au fil des semaines, une prise de conscience s’impose. « J’ai compris que les températures que je subissais allaient devenir la norme. Je ne me voyais pas vivre toute ma vie sous cette chaleur écrasante, y compris en dehors du travail », raconte-t-il.
Pour lui, cette expérience marque un véritable déclic climatique. Mais c’est surtout la manière dont la France appréhende le réchauffement qui le pousse à partir. « À Toulouse, la brique est un formidable matériau en hiver, mais elle devient un handicap en été. La ville n’a pas été pensée pour résister à des vagues de chaleur répétées. Ce qui me dérange le plus, c’est que la France, et donc Toulouse, reste dans une gestion très passive du changement climatique », déplore-t-il. Avant de résumer son choix en une phrase : « J’ai fui définitivement la Ville rose… à cause de la chaleur. »
Une migration climatique… vers le sud
Contre toutes les idées reçues, Arnaud ne s’est pas installé dans un pays du Nord, mais en Grèce, à Athènes. Un choix mûrement réfléchi. « Quand on parle de migration climatique, beaucoup imaginent qu’il faut partir vers le nord de l’Europe. Mais le réchauffement climatique est partout. En Norvège aussi, il y a désormais des incendies. J’ai préféré vivre dans un pays qui fait face à cette réalité depuis longtemps et qui s’adapte de manière pragmatique. Là-bas, la chaleur est intégrée dans l’organisation de la société depuis des années. Quand on compte plus de 300 jours de soleil par an, on apprend à vivre avec », explique-t-il.
Cette adaptation se traduit concrètement par des commerces qui ferment durant les heures les plus chaudes avant de rouvrir en soirée, des horaires de travail aménagés et une organisation de la vie quotidienne pensée pour limiter l’exposition à la chaleur. « Tout le tissu économique s’adapte à ce nouveau climat. C’est un autre rythme de vie. Ici, s’adapter n’est pas une option, c’est une question de survie », poursuit-il.
« Je suis attristé par cette situation »
Depuis Athènes, Arnaud continue de suivre l’actualité toulousaine avec inquiétude. Sa mère vit toujours en France. « Je vois les épisodes caniculaires se multiplier et, sincèrement, je suis attristé par cette situation. Cela fait des années que les scientifiques alertent sur ces phénomènes. Quand j’habitais encore Toulouse, il y a une dizaine d’années, on en parlait déjà. Je me souviens des étés insupportables dans mon petit appartement d’étudiant, de mes emplois dans la restauration rapide où la chaleur était étouffante. Cette inaction me met en colère », souffle-t-il.
Fort de son expérience dans le bâtiment, il estime que des investissements importants sont désormais indispensables. « Il va falloir débloquer des moyens pour adapter les bâtiments : rénover les logements, notamment ceux entièrement vitrés ou dépourvus de volets, repenser l’isolation, trouver des solutions au cas par cas. Je ne comprends pas qu’en 2026, des personnes meurent encore des conséquences de la chaleur. »











