A Toulouse, quartier Roseraie, une centaine de jeunes étrangers, en attente de reconnaissance de leur minorité pour la plupart, sont menacés d’évacuation par un arrêté pris par la mairie le 8 juillet 2026. Arrêté contesté devant la justice administrative qui doit se prononcer ce mercredi.
Une centaine de jeunes étrangers isolés, en attente pour la plupart de reconnaissance de leur minorité, occupent depuis novembre 2024 une ancienne résidence universitaire, située près du métro Roseraie, au 159 rue Louis Plana à Toulouse.La ville de Toulouse a demandé leur évacuation en urgence, le 8 juillet dernier, dans un arrêté de péril grave et imminent. Le bâtiment de 6 étages, propriété de Toulouse métropole, présente selon la mairie un grave danger. Après deux départs de feux, survenus en mai dernier, la ville dit avoir reçu un courrier du directeur départemental du SDIS pour l’alerter sur les risques.
Des jeunes étrangers isolés qui veulent faire reconnaitre leur minorité
Des associations ont contesté cet arrêté pris par la mairie en déposant un référé liberté devant le tribunal de Toulouse. L’audience a eu lieu le lundi 13 juillet, le délibéré est attendu mercredi 15 juillet au matin. Les jeunes occupants de la résidence sont originaires d’Afrique de l’ouest pour la majorité d’entre eux. Ils viennent de Guinée, de Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Cameroun. Le département de la Haute-Garonne n’a pas reconnu leur minorité et ils se sont retrouvés à occuper illégalement ce bâtiment de six étages , accompagnés par des associations, comme le Collectif toulousain Autonomie.
Un des jeunes garçons rencontrés par Ici Occitanie témoigne : « je conteste mon refus de reconnaissance de minorité avec un avocat qui a saisi le juge des enfants. Avec l’aide d’une association, je me suis inscris pour la rentrée de septembre en CAP électricien, mais si on nous met dehors, j’ai peur de tout perdre. Des associations nous aident ici pour manger, nous habiller, quand on est malade, si on se retrouve dispersés, à la rue, on sera en danger, c’est injuste. »
une des avocates des mineurs qui les suit, maître Mathilde Bachelet explique que « nombre de ces jeunes sont en cours de saisine du juge des enfants ou du juge des tutelles, engagés dans une procédure visant à faire reconnaître leur minorité.Dans la majorité des cas, ils sont finalement reconnus mineurs, ils quittent alors le bâtiment car ils sont pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. Il y a donc un turn-over important au sein de la résidence.« Elle rappelle que le comité des droits de l’enfant de l’ONU a condamné la France en 2024, 2025 et début 2026 pour la non-prise en charge des mineurs pendant la période de d’attente de reconnaissance de leur minorité, une atteinte grave à l’intérêt supérieur de l’enfant et à la dignité humaine.
Arrêté de péril grave et imminent pris le 8 juillet par la mairie
La mairie de Toulouse a pris un arrêté demandant l’évacuation du bâtiment en urgence le 8 juillet 2026. Elle se fonde sur un courrier reçu par le directeur départemental du SDIS 31. Un courrier reçu après l’intervention des sapeurs-pompiers à deux reprises pour des départs de feu survenus les 18 et 27 mai 2026.
Jean-Charles Piteau, adjoint au maire de Toulouse, en charge de la lutte contre les squats, justifie cette décision : « Dans ce courrier, le directeur du SDIS attire notre attention sur les problèmes de sécurité du bâtiment. Ce type de courrier en matière de squat, c’est extrêmement rare, il faut le souligner. Toulouse métropole est propriétaire de ce bâtiment donc s’il y a un danger, sa responsabilité juridique peut être engagée. »
Dans son écrit, ajoute l’élu, « le directeur du SDIS indique que les locaux sont particulièrement dégradés, les ouvrants sont en partie brisés, les cloisons en partie cassées. Il y a une forte densité de population dans l’immeuble qui comporte un sous-sol sans sortie de secours. Ils ont constaté un stockage et un usage de multiples bouteilles de gaz, y compris au sous-sol, ce qui peut occasionner une explosion. Ils indiquent qu’en cas de sinistre, les conséquences peuvent être lourdes pour les intervenants du SDIS mais aussi pour les occupants. L’accès aux façades et points d’eau incendie est compliqué Compte tenu des conditions d’occupation, des multiples dangers et des contraintes opérationnelles majeures pour l’intervention des secours, nous avons pris cet arrêté ».
Arrêté contesté devant la justice administrative
Cette lettre du SDIS, l’avocate des mineurs, Mathilde Bachelet, regrette de ne pas avoir pu la consulter, « elle n’a pas été produite à l’audience administrative » explique-t-elle. L’avocate s’étonne aussi du délai entre ces départs de feu dans la résidence en mai et l’arrêté pris par le maire : « s’il y avait vraiment urgence, l’arrêté aurait été pris plus tôt. La mairie n’aurait pas attendu un mois et demi, le 8 juillet, pendant les vacances scolaires pour prendre cette décision. On conteste la réalité du danger que ce bâtiment fait courir aux jeunes, sa solidité n’est pas remise en cause. On ne leur propose pas de solution de relogement, ils n’ont nulle part où aller pour le moment. »
La métropole de Toulouse avait déjà demandé l’expulsion du lieu en mars 2025 devant le tribunal judiciaire, demande rejetée. La cour d’appel lui a finalement donné raison en avril dernier, mais les jeunes ont obtenu un délai de six mois, à compter de la notification de la décision en juin, pour quitter les lieux.
La mairie nous indique que cette propriété de Toulouse Métropole doit être vendue à Toulouse Métropole Habitat, l’office Public de l’habitat de la Métropole toulousaine, avec un projet de construction de 135 logements sociaux, à loyer modéré. Il faudrait pour cela raser l’ancienne résidence universitaire et tout reconstruire. Un permis de construire a été délivré en 2022. Mais l’occupation du bâtiment semble avoir retardé le projet immobilier.L’avocate des mineurs, Mathilde Bachelet, se dit dubitative quant à ce projet : « la mairie n’a pas justifié d’un tel projet ni devant le tribunal judiciaire ni devant le tribunal administratif. » Elle se souvient qu’à l’hiver 2023-2024, le bâtiment devait servir de lieu d’hébergement d’urgence pour les personnes fragiles.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555
















