Longtemps considéré comme perdu, le film muet “The Ring” d’Alfred Hitchcock a été retrouvé presque par hasard dans un marché aux puces de Toulouse. Une trouvaille qui deviendra la toute première œuvre conservée par la Cinémathèque de Toulouse, aujourd’hui l’un des plus importants fonds cinématographiques d’Europe.
À l’heure du tout numérique, il semble impensable qu’un film puisse disparaître. Pourtant, il y a plusieurs décennies certains longs-métrages se sont littéralement volatilisés. C’est le cas de “The Ring“, film muet d’Alfred Hitchcock, longtemps considéré comme perdu. Sorti en France en 1929, ce long-métrage raconte le triangle amoureux entre Jack, un jeune boxeur, son épouse Nellie, et Bob, un champion de boxe, sur fond de rivalité sportive. Il rencontre alors un certain succès auprès du public qui aurait pu ne plus jamais le visionner. En effet, le film était devenu introuvable. Mais c’était sans compter sur Raymond Borde.
Animateur du Ciné-Club de Toulouse, celui-ci récupère, avec d’autres cinéphiles, des bobines dans des marchés, auprès de forains, du réseau Cinéma Éducateur, qui développait un réseau de ciné-clubs, ou encore des casseurs de films, chargés de détruire les copies en fin de droits d’exploitation. Convaincu que le patrimoine cinématographique est en péril, il se donne pour mission de le préserver. Le hasard va finalement lui donner raison. Au marché aux puces de Saint-Sernin, Raymond Borde met ainsi la main sur une copie de “The Ring” en 1952. Une trouvaille inespérée qui marquera un tournant dans l’histoire de la Cinémathèque de Toulouse.
Le premier film de la collection de la Cinémathèque de Toulouse
Il s’agit en effet du tout premier film à intégrer les collections de de la Cinémathèque. Fondée par Raymond Borde et son équipe de cinéphiles en 1964, après plusieurs années de collecte, l’institution est rapidement reconnue comme cinémathèque d’intérêt national par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) en raison de « la richesse de ses collections », rappelle Franck Loiret, son directeur délégué. Aujourd’hui encore, Toulouse est, avec Paris, la seule ville de France à disposer d’une cinémathèque de ce niveau. Et pour cause, elle figure parmi les « trois archives de cinéma les plus importantes en France, avec la Cinémathèque française et le CNC ».
En plus de 60 ans, la collection constituée par Raymond Borde s’est considérablement enrichie. La Cinémathèque conserve désormais près de 60 000 copies de films, mais également plus de 100 000 affiches venues du monde entier, soit la plus importante collection de France. « Nous avons aussi un million de photos, des appareils de cinéma, des costumes et énormément d’ouvrages », fait savoir Franck Loiret. Autant de trésors qui font de la Cinémathèque de Toulouse l’un des plus grands fonds cinématographiques d’Europe.
“The Ring” de Hitchcock encore visible à la Cinémathèque
La copie de “The Ring” est toujours conservée dans les réserves de la Cinémathèque et continue même d’être projetée à l’occasion de certaines séances. Les spectateurs peuvent ainsi redécouvrir ce film dans lequel Alfred Hitchcock multiplie les « trouvailles visuelles et symboliques », comme le souligne la Cinémathèque. Le réalisateur évoquait notamment une scène de son film, qu’il parvient à faire comprendre aux spectateurs sans la montrer à l’écran : « On verse le champagne dans les verres et on voit très bien le champagne qui pétille, et toutes les bulles… On porte un toast à l’héroïne et on s’aperçoit qu’elle n’est pas là parce qu’elle s’est éclipsée avec un autre homme. Alors le champagne ne pétille plus. »











