Sorti de terre en 2019 sur l’ancienne piste de l’Aéropostale, le quartier Montaudran-Aerospace, au sud-est de Toulouse, se veut une vitrine de l’urbanisme durable. Mais à l’épreuve des étés de plus en plus chauds, habitants et commerçants racontent un bitume qui emmagasine et recrache la chaleur en fin de journée, des arbres encore trop jeunes pour faire de l’ombre, et des stratégies bien différentes selon le statut de leur logement. La Dépêche est allée à leur rencontre.
Ce mardi 21 juillet, dès le matin, les habitants profitent du quartier et de la brise avant que la chaleur ne s’installe. Près de la place Marcel-Bouilloux-Lafont, les riverains et les commerçants de Montaudran, un quartier tout récent du sud-est de Toulouse, racontent comment ils composent. Depuis plusieurs semaines, ils sont confrontés à un habitat encore jeune, une piste peu ombragée et une végétation qui peine à suivre.
Un quartier, deux thermomètres
Il suffit de traverser la rue Jacqueline-Auriol pour changer d’ambiance. D’un côté, vers le magasin Auchan et les Halles de la Machine, des allées arborées, un sol brumisateur de quatre mètres par quatre au centre de la place et plusieurs fontaines parsemées. De l’autre, vers le tabac et le Casino, « pas un seul arbre », décrit Sadouki, 37 ans, propriétaire depuis dix ans. « Si je vous invite à y aller maintenant, vous allez prendre deux ou trois degrés en chemin », assure-t-il. Les relevés du réseau de capteurs qui mesure l’îlot de chaleur urbain à Toulouse lui donnent raison : ce mardi à 14 h 30, la station de Montaudran affichait 34,2 °C, contre 33,2 °C à Marengo, 32,6 °C à Pech-David et 31,5 °C à Compans-Caffarelli. Un écart resté modeste le matin — environ un degré entre 8 h et 10 h — mais qui se creuse nettement à mesure que la journée avance.
Clim, dalle et copropriété : la fracture du confort
Le vrai clivage se joue à l’intérieur des logements. Pilar, 71 ans, bénéficie d’une dalle rafraîchissante par géothermie : « Ça permet de garder une température autour de 24-25 °C. » Le système était pourtant resté éteint à son arrivée fin 2020, jugé trop coûteux par la copropriété, avant d’être activé depuis la canicule de 2022.
Kamal, lui, loue dans le privé et profite d’une climatisation réversible centrale : « J’ai de la chance. » Hazem, locataire en HLM, chauffe l’hiver au collectif mais n’a droit à rien l’été — ses climatiseurs mobiles se sont révélés inutiles, et il attend toujours l’accord de son bailleur pour en installer un vrai. Sadouki, lui, a financé seul deux climatiseurs portatifs pour ses parents qui vivent avec lui, l’un cardiaque, l’autre diabétique.
Chez tous ces habitants, la même mécanique s’impose : sortir tôt, entre 6 h 30 et 12 h, puis s’enfermer. Rémi, 33 ans, et sa fille Albane, 4 mois, fuient certains week-ends vers les Pyrénées. « On n’a pas de clim, donc il fait 30 degrés dans l’appartement », raconte-t-il. Pilar, elle, ne dort plus que cinq heures par nuit et évite sa terrasse le soir : « Jusqu’à minuit, vous ne sortez même pas, il y a une chaleur qui vous prend… c’est chaud, quoi. »
Un bâti pensé avant la canicule
La large allée piétonne sur l’ancienne piste de l’aérordome de Montaudran est pointée du doigt car elle constitue un espace sans ombre. « C’est ça le pire, les endroits où les enfants jouent… je ne vais pas les sortir ici », confie Pilar. Dans l’aire de jeux du jardin de la Ligne, pas du tout d’ombre pour jouer et un toboggan métallique surchauffé l’après-midi.

Plantés récemment, les arbres commencent tout juste à grandir, encore trop modestes pour créer des zones d’ombre.
Un cadre de vie apprécié, en attendant l’ombre
Malgré ces épisodes étouffants, l’attachement au quartier reste fort. Pilar évoque la magie du Minotaure déambulant sous ses fenêtres, tandis qu’Hazem et Kamal apprécient la sécurité des grandes allées piétonnes sans voiture pour leurs enfants. Arrivés plus récemment, tous deux jugent malgré tout le quartier plus vivable que leurs précédentes adresses. Rémi, ancien professionnel de l’urbanisme, résume le sentiment général : « Il y a des mesures qui sont prises, mais ça va mettre du temps. » La future station de métro, attendue d’ici deux ans, cristallise pour chacun d’entre eux l’espoir d’un vrai tournant.













