EXCLUSIF. La start-up industrielle a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Toulouse. Inventeur d’une batterie aéronautique révolutionnaire, elle n’a pas réussi à trouver de repreneur malgré son avance technologique. Sa fondatrice regrette que certaines pistes de reprise n’aient pas été davantage étudiées.
Drôle de fin pour Limatech. Le tribunal de commerce de Toulouse a prononcé mi-juin la liquidation judiciaire de la société toulousaine spécialisée dans la conception et la fabrication de batteries à technologie lithium fer phosphate (LFP) pour le secteur aéronautique. La juridiction a estimé que Limatech se trouvait dans « une situation irrémédiablement compromise, sans perspective de redressement ». Les salariés ont été licenciés fin juin. Une issue d’autant plus brutale que la jeune pousse fondée en 2016 cochait toutes les cases d’une start-up industrielle promise à un bel avenir.
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Des essais réussis avec Airbus Helicopters
Issue du CEA, elle avait intégré en 2021 le programme d’accélération de Starburst, premier accélérateur aéronautique et spatial au monde, avant d’être double lauréate du plan « France 2030 ». En 2024, quelques semaines après l’inauguration de sa ligne de production de batteries à Voreppe près de Grenoble dans la vallée de l’électronique dans un bâtiment de 1 200 m2, elle est même devenue la première entreprise européenne autorisée par l’EASA à commercialiser une batterie lithium destinée à l’aviation civile. En 2025, elle avait même réussi un essai en vol en partenariat avec Airbus Helicopters.
« On avançait sur le fil du rasoir depuis dix ans »
Derrière ce parcours de premier de la classe se cachaient des problèmes de trésorerie qui ne se sont jamais estompés.

« Pendant dix ans, on a avancé sur le fil du rasoir. On cumulait toutes les contraintes : l’industrie, l’aéronautique, la certification, la R&D et la dette bancaire. À chaque jalon, il fallait retrouver les financements pour passer au suivant. On y est parvenu plusieurs fois, mais toujours avec très peu de marge », raconte Florence Robin, co-fondatrice de Limatech. La société a levé au total 21 M€, dont la moitié de subventions, et a fait appel à trois reprises à des investisseurs particuliers via du crowdfunding, pour un total de plus de 2 M€.
Le choc contre « le mur de trésorerie »
Les ambitions affichées : la rentabilité en 2027, plus de 28 M€ de chiffre d’affaires en 2028. Tout cela grâce à sa batterie novatrice destinée à remplacer les modèles au plomb ou au nickel-cadmium dans le démarrage des moteurs. Elle devait permettre d’économiser plus d’un million de tonnes de CO2 en cinq ans de commercialisation en étant deux fois et demie plus efficace et trois fois plus légère. Ces batteries apportent un gain de masse de 28 kg sur un hélicoptère Écureuil et de 120 kg sur un Airbus A320.
« Ce qui nous a fait tomber, ce n’est ni la technologie ni le marché. C’est un mur de trésorerie créé par le décalage entre nos échéances financières et l’arrivée des financements attendus », estime finalement Florence Robin. La start-up a aussi été une victime collatérale de la guerre en Ukraine et des sanctions contre la Russie qui ont suivi alors qu’une levée de fonds était en cours pour 10 M€.
Le Français Verkor un temps intéressé par une reprise
Selon nos informations, l’entreprise détenait une créance de 1,3 M€ sur l’État début 2026, dont des crédits d’impôt qui remontaient jusqu’à 2022. Pour trouver des débouchés et survivre, la dirigeante a sondé le marché militaire, après en avoir reçu l’autorisation fin 2025, et a reçu une lettre d’intention portant sur un besoin de 1 000 batteries par mois pour des drones en Ukraine. De quoi éveiller l’intérêt du spécialiste français Verkor, qui a d’abord financé une partie d’un plan de continuation avant de se retirer.
« Nous sommes tombés juste avant la ligne d’arrivée, au moment même où les batteries s’imposaient comme un enjeu stratégique de souveraineté, notamment avec l’essor des drones », regrette Florence Robin, selon qui : « Le gâchis, c’est qu’il y avait encore des marques d’intérêt, des solutions de reprise et une technologie stratégique. Deux offres de reprise, émanant de sociétés françaises, existaient au moment de la liquidation. Certains actifs pourraient encore faire l’objet d’offres de reprise dans le cadre de cette liquidation.










