À 50 ans, François Bonnel a plaqué sa carrière de cadre commercial dans la publicité pour se consacrer exclusivement à la peinture. Discret dans sa ville natale de Toulouse, l’artiste conquiert aujourd’hui les galeries du monde entier. Lancé par le réseau social Instagram et repéré par des prescripteurs new-yorkais, le peintre abstrait voit désormais sa cote s’envoler de Boston à Taipei, s’imposant comme l’une des figures montantes du style hard-edge painting. Rencontre avec un artiste aussi discret qu’attachant dans son tout nouvel atelier, à la Cartoucherie.
Jusque-là, François Bonnel peignait chez lui, à Toulouse, dans un coin de 10 m² squatté au milieu du salon familial. « Cela me convenait : je n’avais pas besoin de plus », confie-t-il. Mais, ces derniers jours, l’artiste toulousain vient d’investir son propre atelier, « sa grotte », comme il aime l’appeler, dans le quartier de la Cartoucherie. C’est ici, dans un cube de béton brut baigné par de grandes baies vitrées, qu’il se consacre désormais à la création à plein temps. « Quand tout a commencé à prendre de l’ampleur et à se professionnaliser, il a bien fallu pousser les murs », reconnaît-il.
« La peinture, je baigne dedans depuis l’enfance »
Jusqu’en 2018, François Bonnel ne prend les pinceaux que sur son temps libre, pour le simple plaisir de créer. À côté, il mène une carrière bien remplie de cadre commercial dans la publicité. « Mon métier consistait à proposer des espaces publicitaires et des sites de référencement. Après presque vingt-cinq ans de service, j’ai réalisé que ce n’était plus du tout ce que je voulais faire jusqu’à la retraite », raconte-t-il. À 50 ans tout juste, François Bonnel franchit le pas, « fais la bascule » pour se consacrer entièrement à sa passion : la peinture. Le Toulousain emboîte le pas desa mère et de son grand-père, avec une aisance déconcertante. « La peinture, je baigne dedans depuis l’enfance. Je n’ai eu aucun effort particulier à faire pour m’y adonner à longueur de journée », glisse-t-il.

Il se donne tout de même dix-huit mois pour faire ses preuves. « Je me suis lancé à corps perdu. J’ai arpenté les expos, exploré d’autres ateliers d’artistes, je m’en suis nourri avec appétit. Je me disais : si ça ne dure pas, au moins je n’aurai aucun regret. » Autour de lui, les proches observent ce virage radical avec « des yeux ronds », tandis que les cabinets de recrutement tentent encore de le débaucher pour l’inciter à reprendre son ancien job. Mais François ne flanche pas et répète son nouveau mantra : « Maintenant, c’est la peinture. »
Le covid, « un petit miracle »
Puis vient l’impondérable : le Covid-19. Loin d’éteindre son élan, la crise sanitaire devient un véritable tremplin. Alors que les galeries physiques ferment leurs portes et douchent ses espoirs d’exposer localement, le monde de l’art opère sa révolution numérique sur les réseaux sociaux.

Pour François Bonnel, Instagram devient une révélation. « Un petit miracle. J’ai ouvert un compte pour montrer mes toiles, et d’autres artistes ont commencé à me suivre. » Une reconnaissance gratifiante par ses pairs, suivie par des figures comme Bertrand Fournier, l’Australien Jordy Kerwick ou la galeriste internationale Amélie du Chalard. Autant de passeurs de lumière qui font décoller sa visibilité.
Ses toiles se reconnaissent au premier coup d’œil : un style minimaliste, des formes délimitées et des couleurs franches. Du hard-edge painting assumé. On y trouve des équilibres poétiques, faits de lignes où se marient « des imperfections dans la perfection » avec « des traits qui ne sont jamais parfaitement rectilignes, mais où les délimitations sont toujours très franches ». Derrière cette apparente simplicité se cache un travail technique d’orfèvre pour atteindre l’harmonie parfaite. Peintes en musique, ses œuvres portent souvent le nom des morceaux qui l’accompagnent (Une femme avec toi de Nicole Croisille, Love Will Work It Out de Durand Jones…).
Entre 2 500 et 17 000 €, la toile en galerie
Aujourd’hui, alors qu’il reste paradoxalement très discret dans sa propre ville, avec seulement quelques toiles accrochées à L’Appart grâce à la complicité d’un grand amateur d’art local, François Bonnel explose à l’international. Le coup de boost décisif, ce fut ce relais par le compte New-Yorkais Abstract Mag et son million d’abonnés. Depuis, de Boston à Taipei, en passant par Londres, Miami, Bruxelles, Amsterdam et même l’Australie, les galeries s’arrachent le peintre toulousain. Sa cote s’envole : ses œuvres se négocient désormais en galeries entre 2 500 € pour les petits formats et plus de 17 000 € pour les pièces majeures.
Une reconversion aussi spectaculaire qu’inespérée. « La finalité n’a jamais été financière. L’idée, c’était d’être heureux, de recharger les batteries et de me dire : pour les quinze prochaines années, éclate-toi et profite pleinement. »
Pari réussi : à 58 ans, François Bonnel ne cherche plus sa voie, il la peint, toile après toile.













