Le tribunal de commerce de Toulouse a accordé un sursis à l’usine de pâte à papier Fibre Excellence de Saint-Gaudens, en liquidation, permettant la poursuite de l’activité jusqu’au 15 septembre. Le groupe Soprema, soutenu par la Région Occitanie, a déposé une offre de reprise, offrant un espoir pour les salariés et la filière bois. Carole Delga, la présidente du conseil régional réagit aux dernières décisions.
Ce jeudi, le tribunal de commerce de Toulouse a accordé un nouveau sursis à l’usine de pâte à papier de Saint-Gaudens, Fibre Excellence. Placée en liquidation, l’activité peut se poursuivre jusqu’au 15 septembre, date où le tribunal dira si l’offre de reprise portée par le groupe Soprema, soutenue par la Région et le Département, est validée. La présidente du conseil régional d’Occitanie, Carole Delga, évoque ces nouveaux rebondissements dans un dossier que sa collectivité suit de très près.
Le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire avec poursuite d’activité pour le site de Saint-Gaudens. Est-ce que cette décision vous rassure et est-ce que vous y voyez un véritable espoir de sauver le site ?
La décision du tribunal de commerce donne un nouvel élan. Oui, je suis convaincue qu’il est encore possible de produire de la pâte à papier en France et de conserver cette part de notre souveraineté industrielle. Notre pays ne peut subir une énième délocalisation à l’étranger de son appareil productif quand dans le même temps nous importons, chaque année, 1 milliard d’euros de pâte à papier ! On marche sur la tête : c’est désastreux pour nos emplois, notre balance commerciale et notre bilan carbone. Oui, il y a un espoir pour les salariés de Saint-Gaudens. Ces dernières heures ont été décisives grâce à nos discussions avec le groupe alsacien Soprema, qui a déposé hier soir une garantie de 2 millions d’euros et dont je tiens à remercier son PDG. Cela a permis d’obtenir du tribunal un délai supplémentaire jusqu’au 24 août. C’est court, qui plus est en plein été, mais nous sommes au travail, jour et nuit, pour enfin transformer cet espoir en réalité.
Vous aviez appelé l’État à tout mettre en œuvre pour permettre une reprise. Estimez-vous aujourd’hui que les garanties apportées sont suffisantes ou attendez-vous encore un engagement de l’État ?
Depuis plusieurs mois, mes équipes et moi-même sommes en contact avec le gouvernement pour obtenir et consolider des engagements de sa part. J’ai à nouveau eu hier le ministre de l’Industrie Sébastien Martin. Ensemble, nous devons poursuivre ce travail de fond pour enrichir ce projet. L’État a un rôle prépondérant à jouer : il doit assumer son rôle de « stratège industriel » pour notre pays. Il doit démontrer à nos concitoyens que la réindustrialisation de nos territoires, où qu’ils soient, est bien l’une de ses priorités.
Le candidat à la reprise a jusqu’au 24 août pour déposer une offre ferme. Quel rôle la Région Occitanie va-t-elle jouer d’ici là pour favoriser cette reprise ?
Dès les premières difficultés rencontrées cet hiver, la Région Occitanie a démarché de nombreux industriels et acteurs économiques pour sauver les deux sites. Cette démarche a permis d’aboutir au dépôt de deux offres, la première portée par le groupe Combat Holding (rejetée lundi dernier) puis, cette semaine, une seconde par le groupe Soprema pour le site de Saint-Gaudens. Notre mobilisation de toute heure ne prend pas fin ici, bien au contraire. Nous travaillons d’arrache-pied pour que d’autres entreprises du secteur, de la filière bois, investisseurs ou opérateurs nous rejoignent pour construire cette aventure industrielle.
Les salariés parlent d’une « bonne nouvelle », tout en restant prudents. Quel message souhaitez-vous leur adresser aujourd’hui ?
Je veux leur dire mon admiration face à leur courage et leur mobilisation hors normes dans ce combat, malgré la mise à l’arrêt de leur activité professionnelle et l’incertitude du lendemain. Ils se battent sans relâche, avec patience et responsabilité, afin de préserver leurs emplois et une dynamique industrielle pour le territoire. Avec les syndicats et les élus locaux, nous continuons à être à leurs côtés avec la même détermination qu’aux premières heures. J’ai aussi une pensée très forte pour les salariés de Tarascon et leur redis que nous ne les laisserons pas tomber. Nous ferons tout pour que leur site industriel ne soit pas démantelé.
Si l’offre de reprise est confirmée en septembre, la Région est-elle prête à accompagner les investissements nécessaires pour pérenniser et diversifier l’activité du site ? Si oui, à quel niveau ?
La Région a prévu de mobiliser 10 millions d’euros (6 M€ au travers de son fonds souverain et 4 M€ en avance remboursable), aux côtés des aides de l’État, de la Banque des Territoires et de la Banque Européenne d’Investissement. La puissance publique doit pleinement jouer son rôle pour convaincre de nouveaux industriels à s’investir dans le projet de reprise. Il en va de la survie de la dernière usine de pâte à papier en France et de la filière bois aujourd’hui en difficulté. Il n’y a pas de fatalité. Je ne lâcherai rien pour l’avenir de notre territoire et de notre pays.













