Depuis la publication au Journal Officiel de la loi d’orientation agricole du 25 mars 2025, chaque région française est tenue de contribuer à une stratégie nationale de reconquête alimentaire. L’Occitanie a joué le jeu dès le 15 juillet, en présentant à Carcassonne sa feuille de route à horizon 2035, coconstruite avec l’État, la Chambre régionale d’agriculture et l’ensemble des filières. Un engagement qui place la région bien au-delà du simple rôle de fournisseur local.
Une loi nationale qui oblige les régions à se positionner
Adoptée le 24 mars 2025 et publiée au Journal Officiel le lendemain, la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, dite LOSARGA, a tracé un cap clair pour l’agriculture française. Elle fixe l’objectif de définir, filière par filière, des stratégies chiffrées à l’horizon de dix ans, confiées aux régions et aux interprofessions sous l’égide de FranceAgriMer. Chaque territoire doit désormais formaliser sa contribution aux ambitions nationales et la transmettre au ministère de l’Agriculture.
L’Occitanie se retrouve en première ligne de cet exercice, et ce n’est pas un hasard. Avec plus de 3,1 millions d’hectares de surface agricole utilisée, la région est la deuxième de France métropolitaine dans cette catégorie, et la première pour l’agriculture biologique, puisqu’elle concentre à elle seule environ un quart des surfaces bio du pays. Autrement dit, ce qui se décide ici pèse lourd dans la balance nationale.
Quatre mois de travail, 130 projets sur la table
La feuille de route présentée le 15 juillet à Carcassonne n’est pas sortie du chapeau en quelques semaines. Elle est le fruit de quatre mois de travaux collectifs impliquant les acteurs des filières agricole et agroalimentaire, de la pêche et de l’aquaculture, ainsi que les collectivités et partenaires économiques du territoire. Ce travail a permis de recenser plus de 130 projets couvrant l’élevage, les grandes cultures, les fruits et légumes, la viticulture et la transformation.
Comme nous vous le disions fin juillet, les ambitions sont chiffrées et concrètes : 500 000 tonnes de blé dur, 60 000 hectares dédiés à la production de semences, 400 millions d’œufs supplémentaires ou encore 600 000 porcs charcutiers en plus d’ici à 2035. Lors de la conférence de Carcassonne, trois initiatives ont été mises en avant pour illustrer cette dynamique, parmi lesquelles la future minoterie Occible 2030, portée par la coopérative Arterris, qui incarne la volonté de moderniser les outils de transformation à l’échelle régionale.
Eau, foncier, générations : les obstacles à surmonter
Si les ambitions sont là, les acteurs réunis à Carcassonne n’ont pas esquivé les difficultés structurelles qui pourraient faire dérailler le calendrier. La sécurisation de la ressource en eau figure en tête des préoccupations, dans une région particulièrement exposée aux épisodes de sécheresse et au changement climatique. La modernisation des outils de transformation et le renouvellement des générations agricoles sont également identifiés comme des points de tension majeurs, d’autant que la profession peine à attirer de nouveaux entrants dans un contexte économique difficile.
Denis Carretier, président de la Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie, a plaidé pour une simplification administrative urgente, estimant nécessaire de lever certains freins réglementaires qui pèsent sur les filières occitanes, une revendication récurrente des syndicats agricoles de la région.
Un rapport régional qui remonte jusqu’à Paris
Au-delà des objectifs locaux, c’est la portée nationale du document qui change la donne. Le rapport établi par l’Occitanie doit en effet être transmis directement au ministère de l’Agriculture, où il servira de brique à l’édifice de la stratégie nationale de souveraineté alimentaire. La région ne travaille donc pas pour elle seule : elle est appelée à co-construire, avec les autres territoires, une réponse collective aux dépendances alimentaires de la France.
Pour les habitants de Toulouse et du reste de l’Occitanie, ce plan touche des réalités très concrètes. Les filières concernées, céréales, œufs, viande, semences, approvisionnent directement les marchés, les grandes surfaces et les cantines de la région. Ce qui se joue dans les prochaines années à Montpellier, Carcassonne ou Auch, c’est en partie ce qui finira dans les assiettes des Toulousains.













