SÉRIE (2/6). La montée à Paris n’a pas été immédiatement synonyme de succès. De pas de chance en contretemps, les Chevaliers du Fiel ont vécu une période de vache maigre, mais un titre va leur donner la notoriété…
Le début du succès à Toulouse et le carton d’un spectacle présenté à Avignon ont donné envie aux Chevaliers du Fiel de monter à Paris et de se lancer à la conquête de la capitale… « Ça marchait bien à un petit niveau et on pouvait en vivre », raconte Éric Carrière. « Mais je ne voulais pas devenir une vedette locale. Je trouve ça déprimant. On a tout de suite compris qu’à Toulouse, on allait y arriver et dans le Sud-Ouest aussi. Et moi, j’ai maintenu qu’il fallait aller à Paris, à la guerre ».
« Sans chauffage, sans eau chaude, sans télé, sans rien… »
Ils arrivent donc au Tintamarre, en 1987, la salle qui a précédé le théâtre du Splendid. « On jouait à 23 h 30, c’est-à-dire qu’il n’y avait aucune chance », assure Francis Ginibre. « Après un imitateur ». « Et encore parce qu’il avait réussi à convaincre la patronne », ajoute Éric Carrière. « Mais à 23 h 30, au mois de novembre, un mardi soir, on n’était pas nombreux. On a tenu trois ou quatre mois. De septembre à Noël. On n’a rien gagné. On était en sous-sous-location dans un appartement rue Montmartre, sans chauffage, sans eau chaude, sans télé, sans rien. On dormait dans un placard ».
Il en faudra cependant davantage pour dissuader les deux Toulousains de continuer à provoquer la chance à Paris. Ils poursuivent donc au Point Virgule mais le succès tarde à venir… « On avait un producteur dans le contrat et j’avais fait inscrire qu’en dessous de sept spectateurs, on ne pouvait pas jouer », précise Éric Carrière. « À l’époque, Francis avait une petite moto. Une demi-heure avant le début du spectacle, on arrivait avec le casque et, sans l’enlever pour ne pas être reconnus, on demandait à la caissière combien il y avait de réservations. Si elle me disait, il y en a quatre. Ouais ! On repartait. On n’allait même pas au théâtre et on faisait la fête ».
« On a perdu 300 000 francs, ça faisait beaucoup »
Mais la pire expérience parisienne s’est produite au cours de l’été 1995. Alors qu’ils commençaient à remplir les salles dans le Sud, une importante grève des transporteurs a été dramatique. « Avec l’Européen, on a fait carrément faillite car la ville était bloquée et plus aucun théâtre ne jouait », se souvient Éric Carrière. « Or, j’avais loué le théâtre trois mois. C’était en francs à l’époque mais on a perdu 300 000 F. Ça faisait beaucoup. C’est un copain qui, au dernier moment, m’a prêté l’argent pour ne pas qu’on dépose le bilan. Tous les lundis, j’appelais le banquier qui me disait : Monsieur Carrière, là, ce n’est plus possible. Et je lui répondais : Non, mais vous n’êtes pas à Paris, parce que nous, on y est, on sent que ça démarre… En fait, ça ne démarrait pas du tout, parce qu’avec cette grève des transports, ça ne jouait pas ».
« Je suis sûr que tu peux devenir comédien ! »
Mais au même moment, Éric Carrière écrivait aussi des spectacles pour les autres. Notamment pour les Vamps qui ont explosé à ce moment-là. Des producteurs se sont donc rapprochés d’eux. Francis Ginibre a peu à peu laissé la musique pour jouer la comédie. « Éric m’a dit : écoute, je sens que tu peux être comédien. Je lui ai répondu : tu es sûr ? Moi, je ne le sens pas du tout, je n’ai jamais fait ça. Il m’a dit : si, je vais écrire un spectacle, il y aura à la fois de la musique et de la comédie ».
Rassurés par les compliments des spectateurs et des gens du métier, les Chevaliers du Fiel ont eu la nouvelle audace d’aller voir la patronne du musée Grévin pour la convaincre de les laisser jouer. « Je lui ai dit : on n’a pas d’argent, on n’a pas d’affiche, on n’a pas d’attaché de presse, mais on aimerait bien rejouer une semaine encore à Paris parce qu’on n’a pas eu de chance. Et comme on avait sympathisé, elle a dit OK. En fait, on y est restés trois mois, parce que c’était plein tout le temps. Et là, tout le monde est venu. Tout le métier a commencé à s’intéresser à nous. Même dans les pires moments avec un succès qui tardait, ça nous a sauvés d’être deux ».
En six mois, le ciel s’est éclairci. Et comme un succès n’arrive jamais seul, ils ont sorti la Simca 1000 et signé avec Drucker et Foucault la même année. Ils sont revenus jouer au théâtre Grévin où Michel Drucker est venu les voir et leur a proposé de travailler avec lui.











