Médiamétrie vient de publier les résultats de son étude EAR Local 2024-2026, et le constat est sans appel pour l’Occitanie : avec 63,9 % d’auditeurs quotidiens, la région se classe dernière des douze grandes régions françaises, loin derrière la Bretagne qui culmine à 72,2 %. Un chiffre global qui cache pourtant des réalités très contrastées selon les départements, puisque le Tarn, lui, affiche 74 % d’audience cumulée et se hisse au 7e rang national.
Le Tarn et l’Aveyron tirent leur épingle du jeu
Dans ce panorama régional un brin décevant, deux départements sortent clairement du lot. Le Tarn enregistre 74 % d’audience cumulée avec 256 800 auditeurs quotidiens et une durée d’écoute de 2h50, ce qui le place parmi les vingt départements les plus radio-philes de France. L’Aveyron n’est pas en reste avec 73,6 %, au 8e rang national, tandis que la Lozère, qui compte peu d’habitants mais un tissu rural dense, affiche 72,9 % et figure elle aussi dans le top 20. Ces territoires partagent une caractéristique commune : une géographie qui favorise les trajets en voiture et un tissu de radios locales ancré dans les usages quotidiens, si bien que l’écoute en déplacement y reste un réflexe bien installé.
À l’opposé, les zones plus urbanisées de la région, à commencer par l’agglomération toulousaine et le bassin montpelliérain, tirent la moyenne régionale vers le bas. La donnée n’est pas nouvelle, d’autant que Médiamétrie avait déjà mis en évidence, lors de ses études précédentes sur l’Occitanie, que les communes rurales y atteignaient 76,6 % d’audience cumulée contre 70,7 % en milieu urbain, un écart qui reflète la concurrence croissante des podcasts, du streaming musical et des plateformes de contenu à la demande dans les grandes villes.
Une durée d’écoute inférieure à la moyenne nationale
Au-delà du taux de pénétration, c’est la durée d’écoute par auditeur qui retient l’attention : 2h32 en Occitanie, soit un chiffre inférieur à la moyenne nationale et bien loin des régions où la radio reste reine comme la Bourgogne-Franche-Comté, qui enregistre la durée d’écoute la plus élevée de France avec 3h02. Cela signifie que si les Occitans allument la radio, ils la gardent moins longtemps allumée que leurs voisins d’autres régions, ce qui interroge sur la fidélisation des auditeurs et sur la capacité des stations à retenir leur public au-delà du premier rendez-vous matinal.
La structure de l’offre locale n’est pas étrangère à ce phénomène. En Occitanie, les programmes musicaux captent 33,5 % de l’audience cumulée, devant les programmes généralistes à 31,3 % et les programmes locaux à 17 %. Le secteur associatif, qui représente pourtant un maillage territorial important notamment dans les zones rurales, ne pèse que 2 points d’audience sur l’ensemble de la région, un chiffre qui interroge sur la visibilité de ces structures auprès du grand public.
Un paysage radiophonique qui reflète les fractures du territoire
Ce que révèle l’étude EAR Local 2026, c’est en réalité la cartographie assez fidèle des fractures territoriales occitanes. Les grands réseaux nationaux comme France Inter, RTL ou RMC dominent sans surprise dans les agglomérations, tandis que des stations bien implantées localement comme Totem en Hérault et Aveyron ou 100% Radio dans le toulousain continuent de défendre leur part de marché sur des bassins de vie où la proximité fait la différence. Le cas de la Haute-Garonne, département le plus peuplé de la région avec plus d’1,4 million d’habitants, illustre bien cette tension : la densité de population y dilue mécaniquement le poids relatif des programmes locaux, au profit des grands formats nationaux qui disposent de moyens de production sans commune mesure.
Pour les acteurs du marché publicitaire radio en Occitanie, ces résultats constituent une boussole précieuse, puisqu’ils confirment que cibler les départements ruraux reste une stratégie d’efficacité élevée, là où l’auditeur est plus captif, fidèle, et souvent moins exposé aux supports digitaux concurrents. Pour les auditeurs toulousains, en revanche, la question reste entière : qu’est-ce qui pourrait les raccrocher durablement à la radio dans une métropole où chaque trajet se rivalise entre Spotify, Deezer et les podcasts en tout genre ?



















