Moteur de 1 000 watts, poignée d’accélération et assistance réglable jusqu’à 50 km/h : Rémi utilise quotidiennement dans Toulouse un vélo électrique qui ne respecte pas la réglementation applicable aux VAE. Acheté 1 800 euros sur Internet, ce fatbike peut être débridé en quelques secondes, sans aucune modification mécanique. Son propriétaire reconnaît son illégalité, mais estime qu’une assistance jusqu’à 30 km/h lui permet de mieux s’insérer dans la circulation.
« Il n’a rien de légal. » Rémi ne cherche pas à dissimuler les caractéristiques de son imposant fatbike électrique. Ce Toulousain l’utilise pour relier le quartier Saint-Cyprien à son lieu de travail, sur les hauteurs de la ville. Un trajet marqué par plusieurs côtes particulièrement raides.
Acheté environ 1 800 euros sur Internet, le vélo, fabriqué en Chine et expédié depuis un entrepôt européen, est équipé d’un moteur de 1 000 watts. À la livraison, l’assistance est pourtant limitée à 25 km/h et la poignée permettant d’avancer sans pédaler n’est pas installée.

Sur le papier, le vélo peut donc ressembler à un VAE ordinaire. Mais la réglementation française limite cette catégorie à un moteur de 250 watts, dont l’action doit être conditionnée au pédalage et interrompue à 25 km/h.
Au-delà, le véhicule relève de la catégorie des cyclomoteurs et doit notamment être homologué, immatriculé et assuré.
Quelques secondes pour supprimer la limitation
Sur le modèle de Rémi, nul besoin de changer le moteur, de couper un câble ou d’acheter un boîtier supplémentaire. « Il suffit d’aller dans les réglages de l’écran, comme pour modifier la luminosité, et d’indiquer la vitesse maximale », raconte-t-il. La limite initiale de 25 km/h peut ainsi être portée à 50 km/h.

Le niveau d’assistance est ensuite réparti entre cinq modes. « Au niveau 1, j’ai 20 % de la puissance du moteur, au niveau 2, 40 %, puis 60 %, 80 % et enfin 100 % », détaille le Toulousain. Lui affirme utiliser principalement le deuxième niveau, qui lui permet de rouler avec l’assistance jusqu’à environ 30 km/h. Dans les côtes, il sollicite ponctuellement toute la puissance du moteur.
La poignée d’accélération transforme également le fonctionnement du deux-roues : il peut avancer sans aucun coup de pédale, à la manière d’un scooter.
« Si je me mets au niveau 2 et que j’actionne la poignée, il monte à 30 km/h et y reste tant que j’accélère », explique Rémi. Il assure toutefois pédaler en permanence, notamment pour préserver une autonomie qu’il estime comprise entre 60 et 80 kilomètres dans ses conditions habituelles d’utilisation.
« J’arrive au travail sans avoir besoin de prendre une douche »
C’est précisément la puissance de l’engin qui l’a convaincu. « Dans Toulouse, c’est plat, il n’y a aucun problème. Mais pour arriver là où je travaille, il y a des côtes énormes », souligne-t-il. Avec un VAE classique de 250 watts, l’effort resterait selon lui important. « Là, je monte sans problème. J’arrive au travail, je gare le vélo et je n’ai pas besoin d’aller prendre une douche. »
Rémi dit croiser régulièrement d’autres fatbikes comparables dans les rues de Toulouse, principalement utilisés par des livreurs. « Beaucoup ne pédalent jamais et roulent uniquement avec l’accélérateur », observe-t-il. Tous les vélos à pneus larges ne sont cependant pas illégaux : certains modèles respectent les limites de puissance et de vitesse imposées aux VAE.
Le Toulousain assure n’avoir jamais été verbalisé ni contrôlé spécifiquement pour son vélo. Pourtant, dans sa configuration actuelle, celui-ci ne peut plus circuler comme une simple bicyclette, notamment sur les aménagements cyclables.
Il devrait répondre aux obligations applicables à sa catégorie de véhicule. Problème, selon Rémi : le vendeur ne fournit pas les documents d’homologation nécessaires à son immatriculation.
Il juge les 30 km/h « moins dangereux »
L’utilisateur connaît le risque mais défend son réglage à 30 km/h. « Sur beaucoup de rues limitées à 30, je suis dans le flot des voitures. Je ne les ralentis pas et elles n’ont pas besoin de me coller avant de déboîter pour me doubler », estime-t-il. Une vitesse qu’il juge « moins dangereuse » que la limite réglementaire de 25 km/h, même s’il reconnaît être parfois dépassé sur les pistes cyclables par des cyclistes utilisant des vélos de route sans assistance.
Cet argument ne change rien au droit. La modification d’un dispositif de limitation de vitesse permettant à un cycle à pédalage assisté de dépasser sa vitesse maximale autorisée peut être punie d’un an d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, selon l’article L317-1 du Code de la route. En cas d’accident, l’usage d’un véhicule non homologué et non assuré peut également exposer son conducteur à de lourdes conséquences financières.













