Installé au cœur de la place de la Daurade, dans un bâtiment qui a traversé les siècles en changeant de visage à chaque époque, le Noviciat ouvrira ses portes le 19 septembre prochain, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Ce nouveau Centre de l’Architecture et du Patrimoine de Toulouse n’est pas simplement un musée de plus : il est lui-même un fragment de l’histoire qu’il raconte.
Un bâtiment aux vies multiples, reflet des grandes heures toulousaines
Tout commence en 1593, quand la Compagnie de Jésus acquiert une grande demeure au bord de la Garonne pour y former ses novices. L’endroit est idéal : la place de la Daurade, carrefour religieux et commercial de la ville, y brassait depuis des siècles marchands, pèlerins et capitouls. Les bâtiments sont progressivement remaniés au fil du XVIIe siècle, avec une reconstruction partielle en 1613 et des travaux importants en 1667 sous la direction de l’architecte Jean-Pierre Rivalz, qui donne au portail monumental sa forme actuelle. C’est de cette même période que date la fresque découverte lors des récents travaux de réaménagement, visible aujourd’hui au premier étage : un témoignage pictural intact depuis la fin du XVIIe siècle, mis au jour par les archéologues lors du chantier.
Tout bascule en 1762. L’expulsion des Jésuites de France met fin à près de deux siècles de présence place de la Daurade. Le noviciat change alors de mains, et de vocation. Les Lazaristes s’y installent un temps pour y tenir leur séminaire, avant que le bâtiment n’entame une longue série de reconversions : caserne militaire, puis école, puis atelier de costumes du Théâtre du Capitole. Chaque époque y a laissé une empreinte, transformant les murs d’une institution religieuse en palimpseste de la vie toulousaine. C’est précisément cette densité historique qui a conduit la Ville à choisir ce bâtiment pour y installer son Centre de l’Architecture et du Patrimoine, plutôt qu’un édifice neuf sans mémoire.
Une scénographie immersive pour voyager dans le temps
Ce que le Noviciat propose, sur deux niveaux d’exposition, va bien au-delà d’une succession de panneaux pédagogiques. La scénographie déploie un ensemble de dispositifs immersifs, parmi lesquels une maquette 3D de la ville, des dioramas, une table lumineuse et des parcours thématiques qui invitent le visiteur à cheminer dans le temps.
On y croise les pêcheurs de sable qui travaillaient la Garonne, les marbriers pyrénéens acheminant leurs blocs précieux vers les chantiers toulousains, les pèlerins empruntant les chemins de Compostelle ou encore les marchands qui fréquentaient les rives du canal du Midi. Les façades des hôtels particuliers défilent ensuite, enrichies de témoignages d’architectes qui éclairent la manière dont chaque siècle a façonné la silhouette de la ville.
Un lieu vivant, ouvert à tous les publics
Le Noviciat ne se cantonne pas à la contemplation. Il comprend également un espace conseil destiné aux particuliers souhaitant rénover leur logement dans le respect du patrimoine bâti, ce qui témoigne d’une ambition concrète : ancrer le lieu dans les préoccupations quotidiennes des habitants, pas seulement dans l’histoire. La programmation annuelle prolonge cette logique, avec des ateliers de pratique artistique, des balades et des visites de monuments habituellement fermés au public. Le lieu participera également aux Journées européennes du patrimoine, aux Journées européennes de l’archéologie et aux Rendez-vous aux jardins, en plus d’un programme pédagogique à destination des scolaires.
Le Noviciat prend ainsi le relais de l’Espace Patrimoine, l’ancienne structure temporaire installée de l’autre côté de la même place, qui fermera ses portes le 29 août. Toulouse, labellisée Ville d’art et d’histoire depuis 2019, disposera enfin d’un centre pérenne au 17 place de la Daurade, avec vue imprenable sur la Garonne. Rendez-vous le 19 septembre !

















