La nationalisation « temporaire » de Fibre Excellence, à Saint-Gaudens (31) : c’est ce que demande la présidente de Région à Emmanuel Macron. À moins d’une semaine de l’audience au tribunal de commerce de Toulouse et d’une possible liquidation judiciaire, Carole Delga reste mobilisée pour sauver les 270 emplois du dernier producteur français de pâte à papier.
Comment est-il possible que la liquidation judiciaire soit de nouveau dans tous les esprits, alors que le projet de reprise de Fibre Excellence semblait parfaitement ficelé ?
Car oui, le projet était bouclé : construit par la Région via son Agence des investissements stratégiques (ARIS), il a été présenté au tribunal de commerce de Toulouse avec un plan d’investissement de 91 millions d’euros – 31 pour relancer l’activité, puis 60 pour travailler sur la diversification.
Mieux encore, le projet sera rentable dès la fin 2027 grâce à la vente de pâte et à la hausse du prix de rachat de l’électricité (le site de Saint-Gaudens l’était jusqu’en 2024 avec 9 millions d’excédent par an, avant que le marché du bois ne soit déstabilisé). En outre, il sauvera 270 emplois à Saint-Gaudens, préservera le territoire du Comminges, permettra à la filière bois de compter sur ce débouché indispensable…
Menace de liquidation
Pourtant, à la mi-septembre, l’usine pourrait être liquidée. Les institutions, les industriels qui peuvent accompagner sont là, mais il manque un élément essentiel : un pro de la pâte à papier, l’opérateur qui fera tourner l’outil et produira la pâte.
Des volontaires, il en existe à l’échelon européen – Portugal, Suède, Belgique –, des industriels qui « pourraient s’impliquer », dont certains sont venus visiter le site et n’ont pas caché leur intérêt pour le projet…
Encore faut-il leur donner le temps d’affiner leur dossier, de convaincre leur conseil d’administration, d’évaluer comment ils pourront – ou devront – procéder…
Ce temps nécessaire, le tribunal de commerce de Toulouse n’est pas en mesure de l’accorder, « Seul l’État peut nous le donner » explique la présidente de Région Carole Delga. « Je demande donc au président de la République de prendre ses responsabilités et de décider d’une nationalisation temporaire de Fibre Excellence, avec une participation de l’État au capital de l’entreprise ».
La mesure demandée est « exceptionnelle et limitée dans le temps » (quelques mois) pour permettre la mise en place d’une solution industrielle privée.
15 millions demandés
Concrètement, cette « nationalisation » se traduirait par un engagement de l’État à hauteur de 15 millions d’euros – 5 M€ de participation au capital et 10 M€ en prêt.
15 millions donc qui compléteraient la part de la Région (13 M€) et celle des industriels (3 M€) : le tour de table est ainsi complet pour la relance de l’activité à Saint-Gaudens*.
15 millions, soit 0,01 % sur les 200 milliards accordés chaque année par l’État aux entreprises…
15 millions, soit quatre fois moins que le coût d’une fermeture du site : il est estimé à plus de 55 millions d’euros pour la gestion du drame social et la dépollution du site. Voilà qui mérite peut-être réflexion…
« La Région prend ses responsabilités, nous demandons à l’État d’en faire autant, ajoute Carole Delga. Nous sommes à la dernière étape. Laisser disparaître aujourd’hui le dernier producteur français de pâte à papier, alors qu’une solution est à portée de main, serait incompréhensible. Quand il ne reste plus qu’une usine en France, on ne la regarde pas disparaître. On se bat pour la garder. Nous savons que quand on ne lâche rien, la réindustrialisation est possible. C’est ce que nous avons prouvé sur le dossier de la SAM (Société Aveyronnaise de Métallurgie) : deux entreprises sont aujourd’hui en train de s’y installer, et les premiers recrutements auront lieu dès la fin de l’année ».














