Laurent Gajewski est ingénieur dans le spatial, mais il a développé une autre passion, qui prend de plus en plus de place dans sa nouvelle vie. Dans son atelier de Fourquevaux, au cœur du Lauragais, il réinvente la lingerie « made in Occitanie », comme un hommage à ses grands-mères couturières. Il a d’ailleurs nommé sa marque Léocadie, comme l’une d’entre elles, et a appelé sa première collection Sophie, comme l’autre.
Lorsque Laurent Gajewski ouvre les portes de son atelier à Fourquevaux, on découvre immédiatement l’étendue de sa passion. Dans cet espace dédié à la création, tissus, patrons et machines à coudre racontent l’histoire d’un parcours inattendu. C’est ici que l’ingénieur systèmes dans le spatial imagine et confectionne les pièces de sa marque Léocadie, fruit d’un savoir-faire acquis avec patience et détermination.
À première vue, rien ne le prédestinait à devenir créateur de lingerie. Il évolue depuis de nombreuses années dans l’univers rigoureux du spatial, où la conception d’un satellite s’inscrit dans des cycles industriels particulièrement longs. Pourtant, derrière la précision de l’ingénieur se cachait déjà l’œil du créateur.
Tout commence au printemps 2020. À l’annonce du confinement, Laurent et son épouse pressentent que le temps soudainement libéré pourrait être l’occasion de se consacrer à des activités manuelles. La couture s’impose alors presque instinctivement. Une découverte aussi inattendue que naturelle. « Dès les premières réalisations, quelque chose s’est mis en place », se souvient-il.Cette attirance n’est pas étrangère à son histoire familiale : ses deux grand-mères étaient couturières. Un héritage discret mais profondément ancré, qui resurgit plusieurs décennies plus tard.
Une satisfaction immédiate, loin des projets du spatial
Pour Laurent Gajewski, le contraste avec son métier est frappant. Dans le spatial, les projets se construisent sur le temps long. En couture, au contraire, le résultat prend forme presque immédiatement. « Dès que l’on commence, un objet se dessine. » Cette satisfaction de créer concrètement, de voir naître une pièce sous ses mains, devient rapidement addictive.Comme beaucoup durant la pandémie, il débute par la confection de masques. Mais face à la pénurie de tissus et à la multiplication des fabricants, il cherche une autre voie. Son regard se tourne alors vers un univers réputé parmi les plus complexes de la couture : la lingerie. « Je me suis dit : challenge accepté ! »
Le défi paraît immense. Pourtant, il commande un premier kit prêt à réaliser. Malgré la technicité des tissus, la finesse des assemblages et l’exigence des finitions, le résultat est plus qu’encourageant. Une révélation.Dans un secteur où la production française s’est considérablement raréfiée, hormis sur quelques marchés de niche, Laurent décide d’apprendre seul. Il étudie les techniques, expérimente, perfectionne ses gestes. Les ressources de formation sont limitées. Il avance par essais, recherches et persévérance.
Hommage à ses deux grands-mères couturières
En 2022, il franchit une nouvelle étape en créant sa propre marque : Léocadie, un hommage à sa grand-mère maternelle. Sa première collection portera le prénom de son autre grand-mère, Sophie, comme un double clin d’œil à celles qui ont transmis, sans le savoir, le goût du fil et de l’aiguille. Très attaché à la qualité et à la traçabilité, il sélectionne principalement des tissus français ainsi que quelques matières italiennes ou européennes. Dentelles, lycra, jersey de coton biologique : chaque matériau est choisi avec soin. Les tissus bénéficient pour la plupart de la certification OEKO-TEX® STANDARD 100, garantissant l’absence de substances nocives pour la santé et la peau. Les fils utilisés proviennent également d’Europe, notamment d’Allemagne et de Hongrie, reconnus pour leur qualité et leur compatibilité avec les exigences techniques de ses machines.
Encouragé par une créatrice professionnelle impressionnée par la qualité de ses coutures, Laurent poursuit son développement. Il collabore aujourd’hui avec une patronnière qui réalise les patrons, tandis qu’il accompagne personnellement ses clientes dans le choix des tissus, des modèles et des tailles. Une approche sur mesure qui lui permet de produire à l’unité et de limiter les retours.Entrepreneur autodidacte, il a également conçu lui-même son site internet et développé sa présence sur Instagram. Sa clientèle est particulièrement sensible au made in France, à la fabrication artisanale et à la transparence de la chaîne de production.
Parmi ses créations emblématiques figure une pièce devenue une véritable spécialité : une culotte invisible destinée à être portée sous les robes de mariée. Fine, confortable, de couleur chair et conçue avec un dos évasé, elle s’adapte parfaitement aux robes à dos plongeant tout en restant imperceptible.
Un ancrage régional et européen fièrement revendiqué
Laurent Gajewski revendique également avec fierté son ancrage régional. Sa collection Céleste, réalisée dans un jersey de coton bleu pastel, utilise notamment un tissu produit à Roumens par Bleu Pastel Occitanie, symbole de son engagement en faveur des savoir-faire locaux.
Lorsqu’il annonce cette nouvelle passion à son entourage, les réactions sont parfois étonnées. Celle de son père reste gravée dans sa mémoire. Informé un 1er avril, il lui répond alors : « Si c’est un poisson d’avril, il est excellent ; si c’est vrai, c’est prodigieux. »Aujourd’hui, au-delà de la lingerie, sa passion, Laurent conçoit également ses propres vêtements, jusqu’à fabriquer ses pantalons. Plus qu’une activité, la couture est devenue une véritable philosophie.
Amoureux de la technique et de la précision, il aime le travail manuel
Il regrette d’ailleurs la dévalorisation progressive des métiers manuels. Pour cet amoureux de la technique et de la précision, la couture exige autant de rigueur que d’expertise. Peut-être retrouve-t-il dans ce geste minutieux l’élégance acquise au cours de ses trente années de pratique de l’escrime. « Le temps ne s’écoule pas de la même façon lorsque l’on coud », confie-t-il.
Dans le calme de son atelier occitan, tout en maintenant son activité dans le spatial et les systèmes complexes, Laurent Gajewski a découvert bien plus qu’un savoir-faire : une autre manière d’habiter le temps. Une façon de remettre l’humain, le geste et la création au cœur de son quotidien.















